Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Les Arracheurs de dents (Je sais que vous mentez – Paul Ekman, 2010)

 

 

 

Avouez-le, bande de menteurs : tout ce que vous attendez du livre de Paul Ekman, Je sais que vous mentez, basé sur les recherches de ce célèbre psychologue américain spécialiste du langage non-verbal, c'est de pouvoir déceler chez votre voisin, ou encore chez votre conjoint, les signes indiscutables de la tromperie. Vous voulez un manuel pratique de décryptage du mensonge. Vous voulez devenir aussi fort que Tim Roth dans Lie to me, série télé de laquelle Ekman est d'ailleurs conseiller technique. Vous n'attendez de l'ouvrage qu'une application de vos fantasmes. Ma remarque constituera un avertissement, avec une triple répétition : vous allez être déçus, déçus, déçus.

 

Vous avez peut-être vaguement entendu parler des découvertes les plus connues et évidentes faites par Ekman (ne mentez pas, je sais quand vous mentez). D'abord, les émotions humaines peuvent trouver une transcription dans le comportement et les expressions corporelles, même quand le discours verbal (la parole) exprime strictement le contraire. Ensuite, une poignée d'émotions (les plus violentes) se traduisent par des expressions du visage indépendantes de la volonté de la personne. Enfin, ces expressions du visage sont universelles et ne dépendent ni de l'origine, ni du sexe, ni des particularités sociales ; elles sont naturelles et non culturelles. Il s'agit de la peur, de la colère, de la tristesse, de la joie, du dégoût et de la surprise. Lorsqu'un acteur les mime, les joue, vous les reconnaissez. C'est normal. Vous êtes normal.

 

Ekman traite dans cet ouvrage plus particulièrement du mensonge, entendu comme une information dissimulée (non exprimée verbalement) ou feintée (masquée par une information fausse) dans le but de nuire à la cible. La thèse d'Ekman, c'est qu'un ensemble de signes trahissent le mensonge. Deux chapitres dans le bouquin sont consacrés au listage des différents signes qui fuitent lorsqu'une personne ment, et révèlent non pas "le mensonge" comme principe (puisqu'il n'existe pas de signe du mensonge), mais une émotion contradictoire à ce qui est formulé dans le discours. Ces signes peuvent être de natures très différentes : physiologiques (transpiration, respiration, dilatation des pupilles), faciales (les fameuses "micro-expressions"), comportementales (les "manipulatoires" et "illustrateurs", que je vous laisse la joie de découvrir), et j'en passe beaucoup. Ce que je veux dire dans tout ça, c'est que cette partie résolument "pratique" ne concerne que deux chapitres seulement, pour un livre qui en contient neuf !

 

Une bonne partie du texte, le gentil Paul va s'échiner à définir (chapitre 1), expliquer pourquoi la détection peut échouer (chapitre 2 ; et ce sera un avertissement maintes fois répété), énoncer quelles précautions prendre si l'on veut être "détecteur" (chapitre 5), insister sur l'importance de la vérification (chapitre 6). En d'autres termes, quatre chapitres sont consacrés à calmer les ardeurs du lecteur. La détection ne s'approche qu'avec de grandes précautions, et avec un intense entraînement, c'est une évidence. La teneur du texte est au diapason, puisque Ekman utilise la démonstration rigoureuse et scientifique, en prenant moult pincettes et en ne versant jamais dans la déclaration facile. Il utilise une poignée d'exemples soigneusement choisis et emblématiques, qu'il va réutiliser sans jamais nous noyer.

 

Si on s'en tenait là, Je sais que vous mentez serait un honnête appui à de longues recherches scientifiques. Mais Ekman fait mieux : il ouvre le sujet à des préoccupations bien plus vastes, puisqu'il va théoriser sur le mensonge et sa détection sous ses aspects sociaux et politiques (chapitre 7 : Les Mensonges dans la vie publiques), judiciaires (chapitre 6 : vérifier le mensonge) et, tout au long de l'ouvrage, philosophiques. Car en effet, et c'est frappant à la lecture de ce bouquin, le mensonge est une partie fondamentale de la vie quotidienne, particulière, mais aussi du rapport humain nature/culture. En effet, tout ou presque peut être bâti sur la dissimulation de l'information, le déni, ou le pur mensonge. Ekman a parfaitement pigé ces enjeux, les restitue fort bien, et amène des éléments de réponse. L'ouvrage en deviendrait presque philosophique, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
je sais pas mais c'est tres interssant
Répondre
P
<br /> Tout ça n'est qu'un tissu de mensonges !<br /> <br /> <br />
Répondre