" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Ti dada da – tatata – titata – tada da da
Tout le monde aura reconnu le thème musical de la saga (je sais que je le fais bien), qui apparaît seulement au bout de 45 minutes. Pas tout de suite mais pas long, quoi. On aura pas trop attendu non plus pour voir un pirate (5 minutes), un combat au sabre (15'), une carte (20'), une belle nénette (30') ou un bateau (45'). De là à dire que les scénaristes embauchés par les producteurs de Disney ne se sont pas trop foulé et ont bourré dans leur canevas tout ce que le cycle caribéen pouvait contenir comme clichés de l'aventure piratesque, de là à dire que ce quatrième volet ne fait que recycler très imparfaitement ce qu'on a déjà vu dans les autres épisodes, surtout le premier, de là à dire qu'en plus il renoue avec un classicisme formel parfaitement emmerdant, eh bien oui, disons-le oui.
Les gars qui ont créé Jack Sparrow (il devait y avoir Disney et Spielberg pas loin, au minimum) avaient une ambition : donner un successeur à Indiana Jones ; inventer un héros et une saga qui, dans l'ampleur et la popularité, allaient être un nouveau parangon. Comme univers de référence, ils ont choisi la piraterie, une variante classique du récit d'aventures, et peut-être même sa base (relisez L'île au trésor de Stevenson, tout part de là). Tout a merveilleusement fonctionné : Pirates des caraïbes et son Jack Sparrow invariablement joué par Johnny Depp (un choix d'acteur judicieux) sont un modèle de réussite populaire. Le personnage est archi-connu, et comme Indiana Jones, sa notoriété dépasse même le simple cadre de ses films. Sans doute un signe que ces derniers ne sont pas si bons que ça.
Depp, en pleine préparation de son prochain blockbuster : "Chérie, j'ai rétrécis le type du film de merde des gosses".
J'ai vu les quatre, et aucun film Pirates des Caraïbes ne m'a paru réellement réussi. Le premier surprend mais la partie love story entre Orlando et sa nana est ignoble ; le second je n'en ai rien retenu ; le troisième avait d'énormes lacunes filmiques mais recelait quelques idées visuelles marquantes. Le quatrième est mauvais strictement à tout point de vue, avec une belle homogénéité. Les scénaristes étaient très fatigués, ou ont fait grève au milieu : pour résumer, les Anglais avec à leur tête Barbosa (heureusement qu'il y a ce personnage et cet acteur, je vous le dis...), le méchant Barbenoire secondé par sa fille Penelope Cruz et détenant gentiment Sparrow, et en troisième lieu les Espagnols dirigés d'une main de fer, convoitent un merveilleux artefact, la Fontaine de Jouvence, et se tirent la bourre pour arriver les premiers malgré toutes les péripéties qui blablabla...
Recyclage pur et simple du schéma narratif habituel, mais sans les petites qualités d'auparavant. C'est à dire que le film est mal écrit, les dialogues peinent à être drôles lors des moments d'humour, et lors des moments dramatiques alors là c'est trop drôle. Heureusement, pour se mettre au diapason, les monteurs ont picolé et n'ont pas jugé bon d'introduire un quelconque découpage dans les scènes. C'est du champ/contrechamp de dialogues interminables (pas aidés par un jeu d'acteur globalement flemmard), des scènes d'actions à peu près lisibles mais qui parviennent à être chiantes car convenues, une échelle de plans réduite au minimum. Et attention la gestion du numérique, hein : quand on a un décor fait par ordinateur, si un brusque raccord le relie à des vrais bananiers, outch, ça jure ! C'est moche ! Le chef op' aussi avait un coup dans le nez : du début à la fin, c'est la même luminosité verte ponctuée de spots oranges dans les scènes sombres, les scènes extérieur/jour sont ternes et grises, la photo n'est qu'une bouillasse infâme au rendu boueux (ou alors était-ce le tirage de notre bobine qui n'était pas bon : il paraît que ça arrive souvent en France).
Surtout, on ne nous file aucune des petites gourmandises qu'on avait avant. Je veux dire, on savait bien que les films étaient mauvais, pas de problème, mais il y avait ce personnage principal, et puis, pour reprendre le précédent opus, ces scènes hallucinantes de Sparrow démultiplié dans un monde tout blanc rempli de crabes, ces bateaux qui glissaient sur le sable comme sur la crête d'une vague ! Enfin il y avait un peu d'invention quoi, ou alors il fallait faire de l'ultra classicisme comme le premier épisode, mais en réussissant diablement mieux les scènes de pleine mer et de combat, en leur donnant de la gueule, du punch. Ici, on sent la volonté de densifier l'action par des jeux de réalisation, mais c'est bien trop mollasson, la paresse est immense devant chaque défi technique ; une ambition et une seule : terminer le film en vitesse. Eh ben nous aussi, voilà. Si ça continue, on ira voir du arzessai vous allez voir si on rigole.