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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Il existe un cliché qui stipule la chose suivante : à la télévision, hors Arte bien sûr, ne sont diffusés que des films bassement commerciaux qui n'ont d'autre finalité que celle d'abrutir le prolétaire harassé par une journée – ou une semaine, vue la fréquence – de labeur. Ces films ne sont pas des oeuvres d'art, non non, ils ne valent pas ceux que l'on trouve dans notre salle arzessai favorite. Les clichés ont la persistance tenace. Parfois, ils sont vrais.
Quelques mots ainsi sur cette adaptation du
Da Vinci Code de Dan Brown, énorme succès de librairie il y a quelques années qui a ravivé en grande partie – je le constate chaque jour au boulot – la mode du polar ésotérique. N'ayant lu une traître ligne de ce roman, ni rien de cet auteur d'ailleurs, c'est tout vierge d'impuretés que j'abordai le visionnage du truc, car je ne peux le qualifier autrement. Tom Hanks est un type très cultivé mais américain, à qui on fait appel pour aider les flics sur une affaire de meurtre qui dépasse de beaucoup leurs capacités cognitives (il faut dire que le chef des flics est Jean Réno) : le conservateur du musée du Louvres, rien que ça (c'est Marielle !), a été assassiné et la scène du crime est maculée, non seulement de sang, mais de symboles crypto-chrétiens en pagaille. Ca tombe bien, Tom Hanks, les symboles, c'est son truc. Par exemple, s'il voit une fleur de lys, pouf, il sait qu'il y a un rapport avec la Vierge, ou bien si c'est une rose, pouf, un rapport avec le Saint-Graal. C'est quand même très pratique d'avoir un mec comme ça sous la main. Ce qui est moins pratique, c'est que la petite-fille de la victime, Audrey Tautou, se met en tête de retrouver l'assassin et se place de force sous l'aile protectrice de Tom Hanks, qui n'en demandait pas tant. À eux deux, ils se disent que le plus fun serait de résoudre plein de puzzles et d'énigmes tout en échappant à la police (Jean Réno, manque de bol, est membre de l'Opus Dei) et au meurtrier à la fois, lequel bosse pour un mystérieux club sado-maso baptisé le Prieuré de Sion, ce qui est très classe.
Raaah. Non, rien à faire, je sens qu'il y a un symbole, mais je ne vois vraiment pas quoi.
La réalisation est signée Ron Howard, cinéaste dont la carrière fut jalonnée de quelques succès et dont j'ai vu certains films (Willow, Apollo 13 dans lequel figurait déjà Tom Hanks, Le Grinch, En direct sur Ed TV), la plupart du temps sans génie ni idées directrices particulières, mais parfois sympatoches, bien que systématiquement racoleurs. Pour faire vite, car il est tard, disons que Da Vinci Code est un ratage intégral. On sent en filigrane ce qui a pu forger le succès du roman, le pitch étant auréolé de mystère autour de zones d'ombres qui font frétiller la ménagère (Opus Dei, signification cachée des oeuvres d'art, mon Dieu quelle découverte, traque et explication des symboles religieux, etc.). La réalisation est atroce, baignant dans une noirceur crasse et jamais belle. À la vue des passages de "reconstitutions historiques", mais c'est un bien grand mot, le supplice est tel qu'on aimerait demander gentiment à Howard de laisser tomber les effets de style pour faire un film le plus plat possible : en effet, lors de quelques passages lourdement explicatifs, des scènes censément médiévales ou antiques se superposent en grisé à la prise de vue réelle, une façon comme une autre de faire cohabiter deux époques pour bien souligner la prégnance de l'une sur l'autre. Le résultat est si moche que j'ai peine à le décrire. À d'autres moments, les cheminements cérébraux de Tom Hanks, qui dispose d'une mémoire photographique, sont symbolisés à l'écran par un effet de surbrillance sur des lettres ou des chiffres, par exemple quand il faut les remettre dans le bon ordre ou déchiffrer un anagramme. Le procédé est bien trop facile, souligne l'intellect et le ressenti sans intelligence ni subtilité car trop démonstratif, exactement comme dans un autre grand ratage adapté de ces dernières années, Le Parfum d'après Süskind. Il faut simplement savoir avouer qu'au cinéma, il y a des éléments scripturaux qu'il est impossible de retranscrire tel quel, et l'on doit alors compter sur la mise en scène pour les suggérer. Mais de mise en scène il n'y a point ici. On a par ailleurs quelques grands effets d'esbrouffe du cinéma à suspense, genre des zooms ou travellings avant brutaux quand une révélation est faite, comme à la fin des épisodes de Plus belle la vie. Le grain de l'image reste insoutenablement laid du début à la fin, les décors également, même le Louvre parvient à être transparent derrière ce tanin visuel.
Par ailleurs, le scénario est rempli de trous – ça sent l'adaptation à plein nez – les dialogues sont mal écrits, et le tout nage dans une invraisemblance coupable. C'est moins le rocambolesque de l'ésotérisme que je pointe ici – après tout, c'est de la fiction – que la cohérence interne du récit. Des tas de trucs ne sont pas expliqués, des interrogations ne se concluent pas, on comprend parfois à peine et à l'arrachée les motivations des personnages. Lorsque le film se referme enfin, on a pour ainsi dire pas pigé grand chose à ce qui s'est passé, ce qui est sans doute un prérequis du polar ésotérique, admettons... par contre on a appris plein de trucs sur les caisses à symboles de la chrétienté, ce qui n'est pas si mal. Enfin, est-il besoin de le dire, les acteurs sont d'une médiocrité à couper le souffle, les français en tête : Réno et Tautou, doublés en post-prod, ce qui n'aide pas, sont atroces et chaque fois que c'est possible évacués du champ au profit d'un Tom Hanks quand même plus sûr de ce qu'il fait.
Tout cela est-il une surprise et le soleil se lèvera-t-il demain ? Non, assurément, non.