Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Pâté pour chat (District 9 - Neill Blomkamp, 2009)

Technique

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

C'est rejoints par la truculente Nathalie, embaumés par la promesse d'une séance où ladite jeune fille allait se planquer sous le siège pendant la moitié de la projection - sensibilité exacerbée à l'hémoglobine - que nous gagnâmes le complexe multisalle d'à côté pour y voir un film de SF. Un film de SF ! Que ne fut pas mon impatience à l'idée de déguster une proposition artistique du cru. Depuis de nombreuses années, les rares attentes qui ont pu me perturber à l'attente d'un nouveau film de SF se sont soldées par des déceptions totales ou relatives (Solaris, Je suis une légende) à l'exception peut-être de l'animation (Wall-e). Vue la grossièreté de la production moyenne qui entoure le genre (voir Transformers, Terminator IV, I Robot, etc.), l'exigence s'est réduite au fil du temps à simplement voir un de ces jours au cinéma un film de SF honnête, ce qui ne m'est plus arrivé depuis, disons, Gattaca. Serait-ce enfin le cas avec District 9, labellisé Peter Jackson, producteur et protecteur d'un jeune poulain de son écurie, Neill Blomkamp, dont c'est le premier film ?

 

Disons pour commencer qu'un gros vaisseau spatial débarque sur Terre, en 1982 d'après une discrète datation aperçue au bas d'un plan de caméra "amateur". Disons ensuite qu'une grande circonspection gagne les instances terrestres, notamment parce que ledit vaisseau a stoppé sa course en stationnement flottant au-dessus de Johannesbourg, capitale de l'Afrique du Sud bande d'incultes (c'était pour vous tester, en réalité la capitale est Pretoria, ha ha). Disons toujours qu'une bande d'aliens vaguement humanoïdes mais ressemblant plutôt à des crustacés (des "crevettes", comme les surnomment les Terriens) sont découverts dans cette grosse épave galactique dont Luke Skywalker aurait sans doute dit qu'elle est "bonne pour la casse" ; plutôt bruyants et envahissants, friands de viande avariée et de pâté pour chat, relativement stupides et agressifs, les crevettes sont bien vite parqués dans un ghetto, le fameux District 9, en périphérie des... ghettos de Johannesbourg. Ils sont tellement détestables, ces crevettes, que même les gens tout noirs et mal lavés qui habitent à côté les trouvent dégueulassent. Bien vite, cependant, un véritable bizness se crée autour de leur technologie, mais eux seuls peuvent la contrôler car elle ne fonctionne qu'au contact de leur ADN molluscoïde. Justement, disons derechef qu'un petit connard de descendant d'Afrikaner, Vikus van de Merwe (joué en brassant beaucoup de vent par Sharlto Copley), s'est vu confier la mission de déplacer cette minorité trop visible à 200 km de là dans le désert, et que ce même connard, pendant l'opération de déportation, se prend dans la gueule une giclée de liquide boueux qui commence à le transformer peu à peu en alien, comme Jeff Goldblum dans La Mouche. Oui, je dévoile une partie du film, mais bordel, une critique c'est fait pour être lu après et pas avant la vision du film enfin ! Disons, pour finir, que ce que nous voyons est en fait un reportage ou un documentaire rétrospectivement consacré en District 9, et vous aurez un bon aperçu de la chose.




Oui, c'est dur, mais ça changera à l'avènement de Martin Luther-Bleurk.



Le premier truc surprenant, dans District 9, c'est bien entendu sa localisation géographique : l'utilisation de Johannesbourg comme toile de fond fait immédiatement écho à la nationalité du réalisateur, que l'on imagine volontiers néerlandais ou afrikaner avec un nom pareil, et renseignement pris, c'est effectivement le cas (j'ajoute pour les incultes qui nous parsèment que l'Afrique du Sud fut une colonie néerlandaise et que les afrkianers, d'ailleurs je crois que ça s'écrit afrikaaner, sont les hollandais locaux, un peu comme les Pieds Noirs chez nous). D'ailleurs, un commentaire sonore au début du film pendant un plan d'ensemble sur la ville nous confirme que la localisation participe à la démarche de l'auteur : "On pensait que ce vaisseau allait se positionner au-dessus de Washington ou New York, eh bien non il a choisi Johannesbourg." Remplacez "vaisseau" par "cinéaste" et tout s'éclaire. Première originalité donc, qui laisse néanmoins sceptique, comme la fosse : tout cela n'est-il pas un vernis auteurisant, cette position géographique servira-t-elle le propos ? Nous y reviendrons, car d'emblée, le parti pris du réalisateur est ailleurs et particulièrement visible : la fiction prend la forme d'un documentaire pendant la grosse première demi-heure du film. De très courtes interviews se succèdent, séparées par des images d'archives, on a vraiment l'impression de regarder un reportage, et l'on comprend bien vite que tout va tourner autour de la figure de van-de-machin dont je vous ai parlé ci-avant.

 

L'image est laide et le cadre stérile, voilà un premier constat qui ne s'améliorera malheureusement jamais : c'est esthétiquement parfaitement atone. Qui plus est, les effets spéciaux au numérique, qui concernent essentiellement le vaisseau spatial et les aliens, sont comme toujours, très laids, surtout lorsqu'ils cohabitent avec des prises réelles d'acteurs (c'est un peu moins vrai avec les objets qui épousent les trajectoires des masses numériques avec un rendu pas mauvais). Par contre, se dégage un modus operandi, ce qui n'est déjà pas si courant et pas si mal, mais qui fait émerger deux problèmes à mon sens bien plus graves. Premier problème : pour provoquer un rendu "documentaire", Blomkamp choisit de faire trembler son cadre, d'obstruer volontairement le champ avec des objets ou des personnes de dos, comme si le cameraman devait se déplacer sans cesse avec sa machine sur l'épaule pour trouver le bon angle, laisse tels quels les passages où la caméra fait le point, etc. En d'autres termes, peut-être disciple de l'école Greengrass, il reproduit fidèlement la technique employée dans Bloody Sunday. Mais contrairement au film de Greengrass, Blomkamp rate à peu près tout le temps son effet, d'abord parce que les tremblotements ne suffisent pas, il aurait fallu rester très concentré sur ce qu'il met dans ce cadre malgré tout, et ensuite parce que le propos n'est pas alimenté par ce procédé : l'intérêt de Bloody Sunday était de donner le loisir au spectateur d'une participation totale aux événements, effet renforcé par cette manière "documentaire" de filmer (il est à noter, cependant, que Greengrass ne se planquait pas derrière l'excuse du reportage pour agir ainsi). Ici c'est impossible car la cohérence interne n'est pas suffisante, on sent beaucoup trop que les "scripts" son calculés, un peu comme si on jouait à Half Life au cinéma (d'ailleurs, le tout premier plan qui nous montre les aliens paraît tout droit sorti, grain et esthétique compris, d'un passage du bon vieux Doom).




Après le Black et le Beur, le Bleurk (oui, je recycle).



Le "reportage" se poursuit donc et l'on est à peu près persuadé que, comme dans les récents Rec ou Chroniques des morts-vivants de Romero, cela va continuer avec cette "contrainte" immersive jusqu'à la fin. Que nenni ! De façon très surprenante, on bascule assez vite vers des scènes purement narratives et fictionnelles, et parvenus au coeur du film, on ne voit même plus que ça, évacué le documentaire, ça y est, on regarde de la fiction ! Tout cela est déjà un peu déroutant, mais en plus, l'effet de tremblotement documentaire persiste ! Cela rend l'espace diégétique du film à peu près illisible, on ne sait plus de quel point de vue l'on regarde l'histoire, et qui plus est, la laideur du procédé s'allonge et le cinéaste peut se planquer derrière cette excuse pour ne pas faire un seul, mais pas un seul, cadre original ou audacieux, pas non plus une seule gourmandise dans l'éclairage, sauf deux tentatives complètement banales sur des couchers de soleil à la con. Pourtant, c'est dommage, le scénario devient intéressant et délirant, surtout à partir du moment où les expulsions d'aliens commencent et où en parallèle une intrigue de SF un peu plus classique (un des "crevettes", plus malin que la moyenne, a découvert le moyen de quitter la Terre mais ses plans sont perturbés par la "transformation" du personnage principal) se met en place. Il y a des passages franchement drôle, comme celui où Van-de-truc balance des boîtes de pâté pour chat aux aliens alors qu'on s'attendait à des grenades. De même, il y a bien sûr un sous-texte politico-machin qui nous fait réfléchir sur la condition des ghettos africains et la brutalité du monde : sans s'attarder plus avant sur les implications morales de la chose, disons simplement que pour Blomkamp, tout le monde, des militaires aux trafiquants nigérians jusqu'aux aliens eux-mêmes, sont des abrutis dévorés par le bordel ambiant. Du moins, c'est ce qu'il apparaît, et District 9 devient ainsi en quelques sortes le Starship Troopers des années 2000, un film de partis-pris sympa mais qui n'excelle à aucun moment. 

 

Enthousiasmant juste ce qu'il faut, notamment parce qu'il est assez surprenant dans le ton, le film poursuit son rythme jusqu'à ce que survienne une dernière demi-heure des plus chiasseuses : bêtement, décision probable des producteurs d'ailleurs, le film devient du canardage de film d'action à la con, ni rythmé ni fulgurant. Le personnage principal, joyeusement présenté comme un immonde connard pendant une heure trois quarts, se refait subitement une morale, décide de sauver son pote alien, c'est ridicule et on y croit pas une seconde. À mon sens, le film aurait largement gagné à s'enfoncer toujours plus avant dans l'absurde le plus total, la déraison et l'humour, à développer cet univers particulier qui n'existe pas assez. Rien de tout ça, c'est tristement moralisant et froidement digne d'un Michael Bay ou d'un Joel Schumacher. Dommage ! Ce n'était déjà pas un grand film, et on l'avait compris depuis le début et ça nous allait très bien comme ça à défaut de mieux, et on finit sur une très fausse note, qui sonne artificiel et convenu. Le film de SF rêvé n'est pas pour demain les amis, nous sommes déjà privés de grande oeuvre depuis, allez, 1985 et Brazil, c'est-à-dire depuis ma naissance, c'est dire si je suis sevré. En plus, si j'en crois les bande-annonces aperçues en ouverture de la séance, et notamment le Avatar de Cameron, ce n'est pas près de s'arranger tant tout cela baigne dans la laideur et la banalité les plus totales.  
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
<br /> premiérement nico n'écrit pas avec mon non merde c'est pas comme si tu habitais chez moi...ben si<br /> deuxièmement moi j'ai vraiment bien aimé ce film je l'ai trouvé divertissant et mine de rien très surprenant dans l'idée, bien que les "crevettes" ont l'air cons ils ont une super<br /> technologie...zarbi<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Je ne connais pas un seul canard papier qui propose de vraies critiques de qualité. Non pas que je juge les miennes détentrices de cette qualité, mais j'ai vraiment l'impression que les Monde et<br /> autres Telerama passent totalement à côté des films. On peut débattre des raisons, ce serait intéressant.<br /> <br /> <br />
Répondre
N
<br /> au passage, je viens de lire dans le Monde une critique ciné sur ce film...ils sont beaucoup plus gentils et tolérants que toi :-)<br /> <br /> <br />
Répondre
N
<br /> haaa...c'est pour ça que Florence m'a invitée, je comprends mieux, c'était dans l'espoir de me voir gémir de peur...<br /> je préciserais juste que je me suis cachée les yeux uniquement le temps qu'il s'arrache les ongles et les dents, c'est tout ! (et pas la moitié du film)<br /> <br /> enfin, j'ai le plaisir de lire une critique d'un film auquel j'ai assisté :-)<br /> j'ajouterais juste que je suis bien contente de ne pas avoir payé pour ce film, bien qu'il ne soit pas nul, il est plutôt distrayant dans son genre (si on ne s'attend pas à plus)<br /> <br /> pour finir, si tu es frustré question esthétique, photographie de film, je te conseille vivement d'aller voir Fish Tank au cinéma, dans un genre opposé, il régale les yeux par l'image, les cadrages<br /> et le jeu des acteurs(et au passage l'histoire est sympa, si on aime les chroniques sociales)<br /> <br /> <br />
Répondre