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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Spirit of confiture (Là-haut - Pete Docter, Bob Peterson, 2009)

 

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect 

Les studios Pixar sont parvenus au fil des ans à faire de la sortie de leurs films des événements incontournables, enrobant l'attente non seulement grâce à la promesse de films drôles ou émouvants, mais aussi esthétiquement réussis, manoeuvre très maline qui aboutit à une séduction des grands, des petits, des amateurs de grand spectacle et des cinéphiles. Un jour ou l'autre, toute manoeuvre finit par ne plus fonctionner. Hosanna, ce jour est arrivé.

 

Au début de l'exposition, Carl est un petit garçon mutique des années 30 ou à peu près, qui rêve d'aventure. Son idole est un explorateur parti sillonner l'Amérique du Sud dans un énorme zeppelin, le Spirit of adventure, dont je vous laisse le soin de la traduction et l'interprétation du symbole, à la recherche de créatures fabuleuses. Tout jeune encore, il rencontre un clone de Fifi Brindacier qui partage les mêmes fantasmes que lui et qui deviendra la femme de sa vie, ils se marient, font des pique-nique, tout ça, mais ne peuvent pas avoir d'enfant. Un jour même, Fifi meurt et Carl est vieux et seul dans sa maison. En plus, de méchants constructeurs de buildings veulent la casser, sa maison, parce qu'il gêne au milieu des gratte-ciels, enfin du moins ça fait pas très sérieux cette vieille bicoque en bois colorée parmi les tubes en verre et acier. Au bout d'un moment, les démolisseurs parviennent par hasard à l'envoyer en maison de retraite. Pour parer à toute éventualité, Carl, qui est vieux, grabataire et ronchon, avait heureusement prévu d'équiper sa maison pour en faire une sorte de dirigeable soulevé par une multitude de ballons de baudruches (c'était son job, vendeur de ballons), enfin c'est pas compliqué regardez l'affiche c'est pareil. Il s'échappe donc "là-haut" et fait voile vers l'Amérique du Sud pour accomplir le rêve qu'il avait avec sa femme, bon c'est dommage maintenant elle est morte, mais à la place, il embarque involontairement une petite boule de boyscout qui s'accroche à son parvis. C'est le début d'une grânde avênture, blabla...




T'as raison, coupe le collier, fais-lui fermer sa gueule.

 

Je pense qu'en regardant Là-Haut, j'ai mis le doigt sur ce que je ressens à propos de Pixar sans pour autant parvenir à le formuler depuis de nombreuses années. Incontestablement, ces gens ont du talent. Un talent technique, un talent visuel, un talent narratif. Pour moi, le parangon de l'animation version Pixar, c'est Ratatouille : un sujet étonnant, un traitement narratif efficace, une grande beauté visuelle permise par des prouesses techniques, et en plus des idées de mise en scène au service d'un propos intelligent (dans le cas de Ratatouille, c'était même touchant car le studio racontait bien sûr sa propre histoire par l'intermédiaire de ce petit rat cuisinier). Wall-e m'avait beaucoup plu aussi, notamment le début muet : en fait Pixar n'est jamais aussi bon que quand c'est muet, la preuve encore avec le début de Là-Haut, qui retrace joliment la vie de Carl par saynettes ou vignettes, on pige tout grâce à plein d'indices induits par la mise en scène, le tout lié par une petite musique, comme lors de l'exposition de Watchmen, qui était le meilleur moment de ce film (sur The times they're a changin' de Bob Dyln, rha lovely). Enfin bref, ceci étant dit, Disney phagocyte Pixar, et ce de plus en plus, métrage après métrage. Ici, c'est particulièrement palpable. Le seul moment 100 % Pixar, c'est cette exposition – encore soit-elle très lacrymale sur la fin. Le reste est atrocement disneyen, ou encore Spielbergien : l'obsession de la famille à reconstituer, qui passe par des morceaux de bravoure alternés avec des prises de conscience (généralement le personnage regarde une vieille photo avec un air triste puis il serre le poing et tout à coup il est très décidé) et des dialogues tristounes et moralisateurs. C'est décevant, trop facile de la part d'un studio qui revendiquait avec Ratatouille faire des films "à sa propre sauce", indépendamment de leur maison-mère (qui est Disney, au fait, pour ceux qui n'auraient pas suivi).

 

Je me rends compte, à terme, que lors de tous les Pixar je passe par une alternance de trois moments : d'abord un certains enthousiasme devant l'efficacité de la fiction, puis l'espoir que cette fois, enfin, l'on va s'orienter vers du Tex Avery plutôt que du Pocahontas, et enfin une déception devant des gens talentueux qui, malgré tout, baissent les armes. Alors bien sûr, il faut que ça plaise aux enfants, que ça ne choque pas, etc. mais bordel, quand j'étais gosse je regardais Tex Avery et j'adorais ça ! Là-Haut est symptomatique de la niaiserie qui semble devoir condamner le dessin animé : bourré de promesses intéressantes, ne serait-ce que cette présentation des "voyages extraordinaires" à la Jules Verne, d'une maison qui vole et constituera le "handicap obligatoire" des personnages pendant tout le film, il tombe néanmoins à plat. Comble de tout : la partie la plus belle est aussi la plus morose (la présentation du personnage Carl), et la partie censée être haute en couleur en Amérique du Sud est de plus en plus chiante, de plus en plus neuneu. Ca ne commence pourtant pas mal avec un personnage secondaire (l'oiseau) assez drôle, mais quand ça se transforme en course-poursuite, cela devient tout bonnement ridicule (en plus c'est le moment de la "prise de conscience-photo-larmes du personnage principal, qui devient tout gentil et par là même inintéressant par la suite) : c'est une succession de mises en situation tirées du jeu vidéo, mais ça n'a rien d'intéressant. Si l'on reprend des gimmicks du jeu de plate-forme, puis du jeu d'infiltration, ce n'est que pour mieux préparer le terrain du jeu Là-Haut qui doit être en train de sortir sur nos machines. Tout le reste est à l'avenant, il est un peu trop visible que tous les éléments du film (décors, personnages, situations) sont séparables en entités marketing prêtes à être servies toutes chaudes à nos bambins. La manoeuvre est tout simplement trop visibles, à commencer par les bandes-annonces (on l'a tellement vue que tous les passages que l'on retrouve en regardant le film tombent complètement à plat ; de toute façon je hais les bande-annonces). Là-Haut sonne calibré, artificiel, tant il est classique dans sa conception et son élaboration, ce qui constitue déjà un gros problème. Même l'accroche ("Changez d'air") ressemble à un slogan publicitaire pour un voyage aux Maldives !




Tiens, mais c'est les avions et le zeppelin de Indiana Jones et la dernière Croisade, là, devant, Asznavour !
 

 

Ainsi, le déroulé narratif est atrocement prévisible, la caisse à symboles déchiffrable à l'avance (le nom du point de destination par exemple : Les Chutes du Paradis – attention, il y a une signification cachée), la lecture "psychanalytique" est franchement neuneu (en dehors de "il faut croire en ses rêves", nous avons droit à "les bonnes raisons de vivre sont parfois les plus simples/proches"), et le duo de personnages principaux, archi-rebattu. Alors certes, il y a comme une utilisation de la géométrie avec ce gamin basé sur le rond, et le vieux basé sur le carré, avec ce plan sur sa chaise-escalator qui tombe en panne et les tableaux très "rigoureux" disposés derrière, mais bon, l'antagonisme des "personnages que tout sépare mais qui en fait vont finir par s'entendre", c'est vieux comme L'Arme Fatale 1, ou disons comme Laurel et Hardy. Si encore le film était beau, mais, j'ai envie de dire : comment le savoir ? 95 % de ce qu'on voit, c'est des visages en gros plans ! Les décors, c'est des bouts de machin qu'on aperçoit derrière. Il y a un ou deux jolis plans, notamment un crépuscule rosé avec la maison au premier plan, mais de manière générale, les réalisateurs ne laissent pas respirer leur film. On est dans un pays merveilleux, un eldorado caché, et on en voit quasiment rien, c'est un comble ! On reste focalisé, encore et toujours, sur les personnages et uniquement eux. Il n'y a quasiment aucune audace dans le choix du cadre ou de l'échelle de plan, à part peut-être une vue subjective en contre-plongée avec les chiens qui patrouillent au-dessus (ah oui parce qu'il y a plein de chiens aussi). La promesse d'une utilisation de l'espace aérien est quasiment caduque : à aucun moment ça n'atteint une quelconque grâce, le ciel n'est qu'un accessoire, pas un élément diégétique central. À ce titre, Là-Haut est une sorte d'antithèse disneyenne du Château dans le Ciel de Miyazaki, oeuvre incomparablement plus belle évidemment.

 

Reste un récit évidemment efficace, parfois rigolo, mais rempli de tics pixariens dont on commence franchement à voir que ce sont des tics. Bien sûr, il y a une jolie approche de la vieillesse au début, qui nous provoque une conscience rapide et brutale de pourquoi les vieux sont si grognons et obsessionellement minutieux, c'est assez beau. Quelques trucs assez surprenants parfois : Carl blesse au visage un ouvrier du chantier adjacent qui se met à saigner de la tête ! Non, ce début de film, vraiment, il fait quelque chose. Mais globalement, il y a peu de surprises, peu de gourmandises, peu de plaisir dans ce film résolument fadasse. Il va encore falloir attendre l'avènement d'un nouveau studio d'animation de la mort qui tue avant qu'il soit racheté par Mickey. J'ai hâte ! 
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O
j'ai revu ce film cette semaine, et comme ya 6 ans, comme sur ton article, j'en garde toujours la même impression. Une jolie promesse. Le 1er quart d'heure est très bien écrit, après c'est effarant de niaiseries, Carl et l'oiseau ne sont pas des seconds roles excitant...
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N
c'est marrant, hier on m'a dit exactement la même chose "c'est trop disnyey-neuneu"<br /> quel dommage que pixar finisse contaminé...!<br /> à la place on m'a recommandé kung-fu panda, beaucoup plus "impertinent" et surtout moins niais...
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