" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
Il était plus que temps, mes chers commensaux, d'établir enfin un splendide classement des cinq meilleurs livres lus cette année. Je tiens avant tout à annoncer un éclaircissement : tous les bouquins que j'ai lus ne figurent pas parmi les chroniques du Massacre. Il doit manquer quantité de petits textes vite lus et vite oubliés, des tonnes de bandes dessinées, des romans lus distraitement, des livres pas finis parce qu'ils m'ont gonflé et que ma trop grande honnêteté m'a empêché de les chroniquer en ces pages. Sans compter, bien sûr, tous les livres de boulot, consacrés à mes besoins concernant le bouquin sur le polar provençal (reporté, ne paraîtra qu'en 2011) ou le prochain Yellow Submarine sur le Japon (reporté également). Certains romans de Pierre Magnan par exemple (je pense notamment au Mystère de Séraphin Monge) mériteraient amplement de figurer dans ce Top 5. Mais, pas chroniqués, ils resteront dans la case "travail" de toute éternité, malheureusement.
Ainsi, comme je l'ai fait pour les films, voici à présent – et je cède ainsi à l'énorme pression populaire composée de ma douce allongée à côté de moi, ainsi que, disons, de notre peluche préférée – le formidable Top 5 Livres du Massacre pour la saison 2009-2010. Cessons de ménager le suspense : je vous livre avec joie le podium (podium agrandi) qui orientera, j'en suis sûr, tous vos choix littéraires des mois à venir : Le Massacre vous aide à occuper intelligemment votre été !
5) Tancrède
Formidable uchronie d'Ugo Bellagamba, même si l'on ne sait toujours pas bien où se situe l'uchronie. Un roman qui a illuminé mon été et mon voyage en Norvège (mais peut-être que finalement vous vous en foutez de ma vie ?), une grande force d'évocation de l'époque des croisades doublée d'un investissement total de la part de l'auteur.
4) V pour Vendetta
Découverte tardive du classique fomenté par Alan Moore et David Lloyd. Une oeuvre magistralement maîtrisée, maline et belle, et dont le personnage est devenu archétypal. Je prends ici un risque, car je connais assez mal le comics, et peut-être certains d'entre vous, amateurs plus éclairés, trouveront que V n'est qu'une brouillade mal vieillie et grandiloquente. J'assume cette impression première, saisissante.
3) World War Z
Le meilleur roman de science-fiction paru cette année (c'est lui, par exemple, que je défendrai pour le Prix du Cafard Cosmique 2010) à ma connaissance. Le récit de zombies à l'apex de son potentiel : les témoignages postérieurs à la grande guerre contre les zombies menée par l'humanité dessinent une géopolitique de l'instant comme elle n'avait plus été prospectée depuis longtemps.
2) Lolita
Claque stylistique de l'année, sans conteste. Le classique de Nabokov – incursion sexuelle de l'Europe flétrie dans la pudibonde Amérique encore plus dégueulasse – est sans doute aussi l'un des romans les plus importants/influents/mirifiques/wouhou du XXe siècle.
1) Yama Loka Terminus
Si Lolita était l'éminent vestige d'une gloire récente, le recueil de nouvelles du duo français Léo Henry/Jacques Mucchielli dessine les potentialités narratives d'aujourd'hui et demain. Exploration post-moderne des possibles – géographiques, humains, stylistiques, narratifs – Yama Loka fait exploser le panel des manières de raconter une histoire. La littérature du XXIe siècle sera à peu près comme ça.
Mention spéciale : Terror
Lu trop tôt pour qu'il puisse figurer sur ce blog, mais néanmoins peu de temps avant son ouverture, le roman d'horreur de Dan Simmons mérite néanmoins une vive reconnaissance puisqu'il a réussi le tour de force de devenir tout simplement le nouveau parangon du récit d'horreur, puisant dans les explorations arctiques de la fin du XIXe siècle la beauté fabuleuse de sa narration.
Ils ne sont pas passés loin : Le Déchronologue de Stéphane Beauverger, un beau roman français d'uchronie flibustière ; Le Jeu à son ère numérique de Sébastien Genvo, sans doute le plus important essai français consacré au jeu vidéo ; Sexe ! de Alexandre Mare, réjouissante gourmandise littéraire sur la sexualité des héros ; L'Épouse de bois de Terri Windling, magnifique roman de réalisme magique amérindien ; L'île au trésor de Robert Louis Stevenson, le parangon du roman d'aventure.
Ils étaient pas mal aussi : Les Films de science-fiction de Michel Chion, rien que pour son existence ; Zombies ! de Raphaël Colson et Julien Bétan, tout simplement l'essai de référence sur le sujet ; Retour sur horizon de Serge Lehmann, recueil du must des nouvelles de SF françaises, mais un must pas assez must ; Manga Kamishibai de Eric Nash, superbe ouvrage consacré à l'art populaire japonais ; Hautes altitudes, fourre-tout sur Ballard parfois très sympathique ; Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, joli roman tout rempli de la joliesse sud-américaine ; Un peu de ton sang de Theodore Sturgeon, deux nouvelles franchement chouettes du bon vieux Theo ; Le Portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde, un classique moyennement convainquant ; Dr Jekyll et mister Hyde de Stevenson, même chose ; Axis de Robert Charles Wilson, une suite sympa mais bon.
Il était loin : Les Fils de l'air de Johan Heliot, il y a trop de fils, trop d'air, et puis trop de coïncidences et trop de jeunesse.