" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Rien de vraiment exceptionnel cette semaine, mais néanmoins une BD palmerisée qui se détache tranquillement en tête de peloton. Steampunk vernien, plutôt que wellsien ou victorien, L'autre monde (Rodolphe & Magnin, Dargaud)(♦♦♦♦) raconte le réveil d'un homme dans un hôpital inconnu, un homme qui a basculé à son insu dans un monde désuet, un monde scénique dans lequel le ciel est une grande toile et les étoiles de petits lampions. Désuet, le dessin l'est aussi et le découpage pareil, mais charmants, susceptibles de s'élever dans quelques envolées techniques, comme cette double-page superbe où les cases sont délimitées par les barreaux épars d'un labyrinthe d'échelles.
D'autres belles choses aussi. Le premier tome de UW1 (Bajram, Soleil)(♦♦♦♦), lu sous la menace de mon collègue de travail enclavé au rayon jeunesse, s'est révélé excellent. Science-fiction saturnienne présentant un groupe de personnages classique (mais dont on subodore une exploration plus profonde dans les prochains volumes, que je vais essayer de me procurer) étudiant un phénomène physique démentiel (un grand rectangle de "rien" dressé au milieu de la galaxie), UW1 rappelle les romans de Robert Charles Wilson, sans le côté intimiste, davantage subordonné à la construction du film d'action spatial. Il y a à mon sens de grosses fautes de goût dans le dessin, qui laisse transpirer une utilisation pas très heureuse de l'infographie. Par ailleurs, quelques passages sont beaux, l'intrigue est prenante, l'émotion affleure.
La Belle mort (Matthieu Bablet)(♦♦♦♦), c'est le passage obligé de la nouveauté Ankama. Une fois de plus, il y a de quoi être bluffé : première BD pour l'auteur, qui scénarise, exécute et colorise, tout se tient fort bien dans cette histoire urbaine post-apo (un peu style 28 jours plus tard, grosso modo), où trois ados essaient tant bien que mal de s'en sortir, tandis que des insectes géants envahissent la ville. Un one-shot très bien ficelé, au découpage propre, des architectures bien rendues, des personnages un peu quelconques malheureusement, sauf les visages très expressifs, et un dernier tiers plus faiblard que le reste, qui tasse la réalisation plus qu'elle ne l'élève.
On a ensuite un curieux ouvrage hybride, à mi-chemin entre le comics naturaliste américain moderne (idée, sujet, un peu pour le dessin) et le thriller franco-belge moderne aussi (en ce qui concerne notamment le découpage et le format) : Vigilantes (Gaudin & Crosa, Soleil)(♦♦♦♦), c'est le nom qu'ont donné une bande d'ados à leur groupe de "super-héros" d'une époque "camp de vacances" révolue. Aujourd'hui dispersés dans le monde, dispersés dans leurs carrières et leurs aspirations, devenus adultes en somme, ils se recontactent spontanément parce qu'un événement réveille en eux le souvenir d'un secret. Avec force flashbacks chapitrés qui éclatent les informations sur chaque personnage, cette gentille BD déroule efficacement son scénario et donne envie de poursuivre une série prévue en quatre tomes.
Pour revenir à du plus classique, on est tombé sous le charme de la couverture de Reconquête (Miville-Deschênes & Runberg, Le Lombard)(♦♦♦♦) mais comme on sait, un beau dessin chromé bleu sur orange saturé n'est pas la garantie suffisante du contenu. Plastiquement, ce n'est pas mal du tout, jolie et coloré à bon escient, très beau découpage sur certaines planches, tout ça. Mais cette para-histoire brassant des peuples (cimmériens, sarmates, Babylone, atlantes, etc.) mythologiquement associés reste trop floue, pas très intéressante au niveau de la définition des enjeux. Empathie ratée, mais profusion de nichons, mon coeur balance.
Enfin, concluons avec deux BD pas vraiment ratées (rien de vraiment raté cette semaine, c'est à noter) mais qui, enfin, quoi bon... Bloody monday (Ryou & Kouji, Pika)(♦♦♦♦) notre manga alphabétique, raconte les exploits d'un justicier hacker lycéen. Plus ça va, plus j'ai l'impression que la supportabilité d'un manga contemporain repose presque entièrement sur son idée, vaste déclinaison de possibles dont seuls les plus subtils retiennent l'attention. Ici, c'est un peu le cas, mais finalement, le traitement étant toujours le même que dans les autres shonen, ça lasse. Et puis Elinor & Jack (Arnaiz & Vilar, Delcourt)(♦♦♦♦), nouvelle série jeunesse hyper kawaii, résolument inspirée manga au niveau du dessin, véhicule une certaine bonne humeur par l'intermédiaire de ses péripéties (une jeune fille bascule dans un monde où l'on peut bouger dans encore plein d'autres mondes grâce à des portes disséminées partout), beaucoup moins grâce à des personnages fabriqués au forceps. Les ouvertures de portes fusent dans tous les sens, ça tente d'être drôle, mais je rigolais plus pour mon chat qui essayait de jouer avec les bords cartonnés de l'oeuvre, suprématie féline du jugement artistique.