" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
Comment m'excuser de la rareté de mes contrubtions au Massacre ces temps-ci ? En me justifiant peut-être ? J'ai été malade. Le travail c'est dur. Écrire des mots aussi. J'ai plein de factures. Le monde va mal. En plus niveau lectures, je suis en train de m'envoyer un pavé de 1700 pages, remarquable mais trèèèèès long, qui me dure depuis un mois et demi (ne me reste plus que 500 pages, la chronique devrait pas tarder, mais elle sera sans doute pour Fiction – désolé). Et niveau cinéma, c'est bien simple : vu que je passe mes soirées à travailler sur certains projets personnels (ainsi qu'à jouer à Foot Manager, rendons au ballon ce qui appartient au ballon), je ne vais plus au ciné, je regarde plus la télé, j'enfourne plus dans le mange-disque. Mais ça, c'était jusqu'à y a deux jours. Lundi soir et mardi soir, ma dépendance à la SF est reviendue d'un coup d'un seul lorsque, lorgnant les grilles de diffusion télévisuelles, j'ai retenu deux informations essentielles : Independance Day. Et puis, le lendemain, Watchmen. Délicieux plongeon dans le péché honni.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Les lecteurs particulièrement assidus du Massacre se rappellent peut-être que j'ai massacré le 2012 de Roland Emmerich voilà trois ans, et j'y pointais déjà son obsession pour la film-catastrophe à tendance science-fictive. Independance Day n'est que la manifestation la mieux foutue de cette obsession, même si 2012 allait constituer, quelque part, son aboutissement dans la logique du cinéaste. Malgré une nullité globale assez forte, Independance Day est resté (peut-être faute de concurrence ?) un modèle de la SF au cinéma des années 1990. Mais aussi un symbole de ce que la SF peut être conne, parfois.
Rappelons brièvement l'histoire, non pas pour ceux qui ne la connaissent pas car tout le monde a vu ce film, mais juste pour vous rappeler à quel point elle est débile : dans un futur à peine proche mais en tout cas pas lointain, un jeune président des États-Unis fraîchement élu, mais pas noir, doit affronter la plus grande crise mondiale de l'humanité. Des astronefs géants détectés par le SETI approchent à toute vitesse de l'atmosphère terrestre, et très vite ils se positionnent par dessus la vingtaine des principales villes du monde, même Paris – les aliens manifestent ainsi une connaissance déjà profonde de la centralisation géographique du pouvoir sur Terre. Dans le même temps, Jef Goldblum, qui est juif new-yorkais (information importante) et joue aux échecs avec son papa, est employé du câble bien qu'il ait fait huit ans au MIT, et c'est aussi l'ex-mari d'une nana qui bosse avec le président (qui lui, est un blanc WASP du meilleur cru). Le hasard, quand même. Dans le même temps aussi, un militaire pilote de chasse noir (Will Smith) veut rentrer à la NASA mais on lui refuse parce que sa copine est strip-teaseuse (comme s'ils en avaient quoi que ce soit à carrer à la NASA), du coup il part dans son avion envoyer des missiles sur les aliens (qui, bien sûr, excusez-moi, se sont révélés hostiles). New-York, Wahington et Los Angeles sont intégralement détruites, mais la nana de Will Smith, qui était à Los Angeles, survit en se cachant dans un tunnel en même temps que deux palmiers et son chien, et le lendemain elle croise la femme du président dites donc si c'est pas une coïncidence, président qui, prévenu par Goldblum qu'il déteste du danger imminent, a lâchement déserté la côte Est dans un avion (il y a beaucoup d'avions dans ce film), et tout ce beau monde se retrouve par hasard, vous devinerez jamais où... en zone 51 dans le Nevada, oui oui, c'est pas une blague.
Tout cela est donc parfaitement invraisemblable, et je ne parle pas de la mention SF de départ (des aliens se pointent et veulent tout casser pour consommer les ressources de la planète, bon, OK) mais bien des trajectoires des différents personnages, des coïncidences improbables qui les font tenir ensemble sur une feuille de scénario. Mais l'invraisemblance est la marque de fabrique de Roland Emmerich. Il s'en accomode fort bien. Il s'en fiche. Mieux que ça : le film existe parfaitement bien avec. La construction en montage parallèle n'est pas mal faite, et si les morceaux de bravoure risibles se succèdent en chapelets, eh bien incontestablement une certaine beauté captivante se dégage de certaines images très puissantes. Non pas des situations, des dialogues, des personnages, tout cela est d'un ridicule achevé : non, je parle bien des images. Les astronefs stationnés au-dessus de l'Empire State ou de la Maison Blanche, leur entrée dans l'atmosphère sous forme de nuages ardents, le compte à rebours mortel déniché par Goldblum qui tient sur une feuille A4, les nombreux plans sur écrans radars qui révèlent l'énormité de ce qui est en train d'attaquer, les corps étranges des aliens. Autant d'images très marquantes, suffisamment bien pensées et pas trop mises en avant (rarement de longs plans ou de lourdes insistances sur toutes les plus belles images du film) pour qu'elles deviennent alléchantes et obsessionnelles. À part ces moments grandioses et suspendus, tout le reste du métrage est un mélange infâme de dialogues en champs/contrechamps figés au congélo, de purées de plans envahis de décombres lors des scènes catastrophe et de plans lisses et fadasses en contre-plongée sur des anonymes melting-potés pour le vernis d'émotion.
Ah oui, parce qu'il faut aborder cette partie du film aussi, bien sûr, l'émotion : c'est d'un patriotisme si exacerbé et primaire qu'on croit à une blague, une parodie (je vous rassure quand il essaie vraiment d'être drôle c'est pire). Mais en fait non. Bon déjà le titre. Ensuite, bien sûr, l'intrigue commence un 2 juillet pour se terminer le 4 sous les feux d'artifice par la victoire des USA toutes puissantes, qui communiquent néanmoins, charitablement, aux autres pays sous-développés la manière de buter les méchants envahisseurs. Il faut voir la façon dont sont représentés la Russie et l'Égypte notamment, c'est d'un comique pathétique. Il y a évidemment ce choix de trois héros susceptibles d'assurer l'identification auprès d'un public le plus large possible (Wasp, juif, noir). Il faudrait s'amuser à repérer le nombre d'allusions qui célèbrent la grandeur des US de A et l'infirmité du reste du monde, ça serait un travail de recherche épuisant mais très rigolo. Paradoxalement, Emmerich s'éclate aussi à détruire par le feu extra-terrestre tout ce qui peut passer pour un bâtiment symbolique important des États-Unis. De là à y voir un fond de parodie authentique... peut-être plutôt une manifestation de la crainte obsessionnelle de tout bon américain de voir ses valeurs, son pays, ses symboles donc, dévastés par une engeance ennemie lointaine et mystérieuse. D'où les échappées très lourdingues en Russie, en Irak, dont l'invasion extra-terrestre n'est qu'un écho. C'est donc finalement un film qui renoue totalement avec la vieille tradition de la SF américaine paranoïaque d'antan. La peur de l'autre, des cocos, des bougnoules, tout ça. Et pourtant, il survivra dans nos mémoires parce qu'il réveille des archétypes en les dessinant de manière efficace ou belle. Ca peut suffire, parfois, à ériger un modèle.
La suite demain avec Les Watchmen.