" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Chers petits amis, souvenez-vous que je découvris Italo Calvino, il y a un peu plus d'un an, grâce au fort beau recueil Marcovaldo. Or donc, imaginez votre chroniqueur préféré entouré de deux charmantes pin-up, dont sa femme, et d'un ami fidèle, comme décor le village de La Bégude au tabac-PMU si pimpant, sis en bord d'Asse, ce qui n'est pas de cul. Ce dernier (je parle de mon ami fidèle et non point de mon cul) convoite lubriquement sa future épouse, qui convoite lubriquement un globe terrestre vendu 6 euros dans une brocante de parking. A quelques mètres de là, je fouille des bacs de livdokazes. Le Vicomte pourfendu me tombe sur la paume, j'emballe l'affaire à 50 centimes, et tout le monde est content. Mon attirance pour Calvino est double : j'aime beaucoup sa prose et j'ai le secret projet de dénicher ses romans de SF dont on m'a dit qu'il y en avait. Je continue en attendant de le découvrir tranquillement, et le texte étant fort court, ça ne phagocyta que peu mes nombreuses activités verdonaises (fumer des clopes en bord de rivière, manger du porc cru et des tartines chèvre-miel, faire du bateau dans les gorges).
Trève de bavardage : au style proche du conte philosophique voltairien, Calvino ajoute une dose de naturalisme morbide pour tout ce qui concerne les cadavres, maladies et blessures animales ou humaines. Le ton obtenu est unique, à mi-chemin entre humour macabre et initiation moralisatrice. L'époque, j'ai eu du mal à la définir, à vue de pif je dirais XVII ou XVIIIe siècle (il y a des huguenots) ; mais il y a des approximations, voulues bien sûr, par exemple je n'ai pas bien compris pourquoi les huguenots ont des patronymes hébraïques, si quelqu'un peut m'éclairer. Le narrateur est un jeune garçon génois qui intervient parfois dans la diégèse mais, pour l'essentiel, raconte comment son oncle le vicomte Médard fut coupé en deux par un boulet de canon lors d'une guerre de religion contre les Turcs. Le récit devient un conte, dès lors que chacune des deux parties du vicomte survit indépendamment, l'une mauvaise jusqu'à la perversion, l'autre bonne jusqu'à l'obsession, aucune des deux ne rameutant les suffrages de la populace locale. La morale est anti-manichéenne au sens large, rejetant tout autant le mal et le bien absolus. La sagesse, pour Calvino, réside dans le doute et la tempérance. Autrement dit, c'est intellectuellement fort sympathique, par ailleurs drôle, maîtrisé et d'une écriture qui entremêle admirablement douceur et fermeté.
Un peu comme ma femme.