" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Comme je suis à présent vendeur de bandes dessinées dans une grande surface spécialisée dont je tairai le nom (ou alors je divulgue seulement les initiales : F.N.A.C.), je suis contractuellement tenu de regarder tous les films tirés du support éponyme. En attendant Kick Ass et à mon grand embarras, poussé également par l'énergie tenace de ma compagne, je me rendis donc dans un gros cinéma surpeuplé pour assister au dernier Luc Besson, cinéaste que je tiens en grande estime du moment qu'il ne fait pas de films.
Comme pour confirmer mon extrême sagacité, la première demi-heure du film m'enferme dans les méandres d'un cinéma minimal, le degré presque zéro du langage filmique, la passion épileptique pour les "un plan par seconde" chers à notre gros bourru national, technique qui m'avait déjà enchanté dans des films aussi fins que Taxi, Subway ou Yamakazi (et je mets des italiques pour être poli). Au début, on est à Paris en 1911, un gros bonhomme voit des trucs bizarre, notamment un ptérodactyle sorti d'on ne sait où qui provoque un accident de voiture. Nous, en vrai, on sait d'où sort l'oiseau saurien : d'un oeuf vieux de 135 millions d'années placidement enfermé dans le Musée d'Histoire Naturelle, qu'il faudra que j'aille visiter un jour. Cette naissance prend la forme d'une scène dépouillée de tout personnage humain (sinon en un montage alterné assez réussi), qui aurait pu être magnifique : ce volatile préhistorique confronté aux débris de ses congénères enfermés dans des boîtes culturelles, c'est une vraie belle idée qui a donné dans le temps un plan assez joli dans Jurassic Park (à la fin, lorsque le T-Rex pénètre dans le bâtiment principal et fracasse tout). Ici, malheureusement, la mocheté de l'éclairage tout bleu, la saccade continuelle des changements de plan (qui ne sert à rien d'ailleurs : parfois un cut sert uniquement à nous montrer la même chose !) et le cadre étriqué qui ne laisse rien respirer sapent toute émotion et toute poésie.
Servez-vous, c'est gratuit.
Sans transition (ou plutôt si, enfin la voix off se tait), nous découvrons Adèle Blanc-Sec, truculente jeune femme lancée dans une expédition qui lui semble familière, arborant une énergie et une gouaille sans économie. La catastrophe continue jusqu'à se parer d'un mauvais goût affligeant : ces acteurs blancs barbouillés en arabes polis, ces références lourdingues au Cinquième Élément, cette pâle imitation d'un Indiana Jones en jupon, non franchement non. Retour à Paris, tout cela reste assez chiant et laid, mais fort heureusement le personnage principal, et je veux dire par là son interprète Louise Bourgoin, récupère le film et le tire un grand coup hors de l'eau pour lui éviter une noyade totale. Drôle et couillue, elle sauve notre séance d'extrême justesse, permet le déroulement pépère d'un montage qui se fait un peu moins navrant. On dira que cela se suit sans déplaisir. Pour ce qui est du beau, par contre, on repassera.
Tardi n'est pas spolié par cette adaptation : le scénario a été intelligemment simplifié et clarifié, aussi contrairement à la bande dessinée où on ne pige plus rien après le cinquième tome (une BD d'ailleurs aussi prenante que quelconque au niveau du découpage, des dialogues et du dessin), une sorte de lien logique soutient toutes les péripéties. Ouf ! Le burlesque, le fantastique limite absurde, les incohérences volontaires, sont maintenus, et l'on peut dire que dans l'esprit, le travail a été bien bouclé. Il y a même une scène joliment photographiée : celle de la baignoire où, comble du bonheur, l'on voit les nichons de l'actrice, ce qui la rend deux fois plus intéressante. Par contre Besson ne sait toujours pas poser une caméra ou lier deux plans entre eux – peu s'en faut – et côté cinéma, côté art bordel, on est loin de la douce rondeur des chairs luisantes de Louise Bourgoin.