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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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C pour Chronique (V pour Vendetta – Alan Moore & David Lloyd, 1989-1990 [Vertigo])

http://www.librairiepantoute.com/img/couvertures_300/v-pour-vendetta-09.jpg

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 

 

Ne me honnissez pas d'empiéter sur le boulot habituellement dévolu à l'excellent Mickaël Zielinski, qui couvre la bande dessinée de son aura vengeresse, me laissant déblatérer sur les films et romans. Mais cette fois-ci, moi qui suis si peu au fait – trop peu à mon goût – des grandes oeuvres du medium à phylactères, j'ai découvert un comics déjà célèbre auprès de tous les amateurs. Évidemment, c'est sur un scénario d'Alan Moore qu'a été dessiné (par David Lloyd) V pour Vendetta, avant d'être adaptée au cinéma au début des années 2000, assez mal si j'en crois mon souvenir, d'où mon intérêt. Je connaissais déjà un peu le travail d'Alan Moore pour qui je manifeste un profond respect, en tant que scénariste (j'ai beaucoup aimé, comme tout le monde, les Watchmen) mais aussi romancier (son Voice of the Fire est par moments une vraie merveille). Je vois dans ce garçon un vrai grand artiste contemporain, qui a réussi une belle synthèse entre fictions populaires et travaux formels sur la matière littéraire, dans un style souvent tragique aux accents shakespeariens (mais c'est un prérequis pour un Anglais), une grande capacité également à intégrer l'oralité dans des blocs textuels très denses et fermement structurés. Il n'y a qu'à voir son utilisation des citations dans les bandes dessinées ou bien les deux premières nouvelles incroyables de La Voix du Feu. Je ne pouvais donc pas résister à la réédition chez Vertigo d'une de ses plus grandes oeuvres.

 

Ici donc nous sommes dans une Angleterre futuriste ou déformée à la manière de 1984, et comme de bien entendu, il s'agit d'une dystopie. Le gouvernement semble un brin totalitaire en effet : il établit un couvre-feu, contrôle la propagande par l'intermédiaire de la "Voix du Destin", un organisme radiophonique, a à peu près rendues inaccessibles au public toutes les oeuvres d'art, et dispose d'une sorte de Gestapo, le "Doigt". Attendu qu'il existe aussi la "Bouche" ou encore la "Tête", et plus besoin de vous faire un dessin quant à la symbolique physiologiste, organique et clinique qui régit cette étrange légitimité politique. Contrairement à ce qui se passe dans les Watchmen par exemple, on saura assez peu de choses sur la façon dont le gouvernement a pris le pouvoir, ou du moins nous ne nous étendrons pas bien longtemps là-dessus (on sait que cela fait suite à une Troisième Guerre Mondiale). C'est que dans V pour Vendetta, le processus est moins important que la résolution, ce qui en fait l'exact opposé de son glorieux aîné (qui date de 1987). En effet, un mystérieux justicier, sorte de synthèse entre Arsène Lupin et superhéros de comics, reclus dans une forteresse regorgeant d'oeuvres d'art, un aussi fin intellectuel que vivace bretteur, entreprend des actions punitives de plus en plus éclatantes pour renverser le gouvernement en coupant ses extensions organiques et en éveillant le véritable "corps" : le peuple.

 

Très clairement présenté comme un insurgé, V, car c'est son surnom en toute simplicité, cumule une incroyable somme de qualités. C'est qu'il fallait un personnage exceptionnel pour lutter, seul, contre une telle force légale. Le peuple, au début du récit, est quasiment absent, et on ne partagera presque jamais son point de vue. On ne devine sa masse uniforme que dans l'architecture rigide de la ville, que l'on sait, dès les premières cases, surveillée par des caméras, quadrillée par une foule d'indics des services du Doigt. Ces derniers, d'ailleurs, sont la seule multitude présentée pour une bonne partie de l'intrigue, et les coups d'éclat que réussit V contre eux n'en sont que plus spectaculaires. Drapé de noir et masqué de blanc, d'un sourire figé qui renforce sa très grande théâtralité, V dévore les cases, capte la lumière dans son visage autant qu'il l'absorbe dans les ombres de son sombre costume. Il virevolte, reste diffus, nous échappe, sauf... lorsqu'il est en présence de sa protégée, la seule présence véritablement prégnante et massive de cette bande dessinée : la jeune Evey. Elle sera à la fois sa muse, son aimée impossible et son instrument pour propager sa parole et ses actes. Il est frappant de constater à quel point ce récit du plan d'un terroriste ne connaît aucun contre-temps, aucune échappatoire quant à l'issue finale. V a tout prévu, du début jusqu'à la fin, et il renverse un gouvernement avec une déconcertante facilité. C'est tout simplement que la question n'est pas là : caractérisé par son masque de Guy Fawkes (un conspirateur régicide qui fit exploser le Palais de Westminster au XVIIe siècle ; une fête du 5 novembre porte encore son nom en Angleterre), V convoque dans ses actes les questionnements relatifs à la justice et au pouvoir. Doté d'une légitimité totale par son triple statut, celui de martyr, celui d'acteur se mettant volontiers en scène, celui enfin d'intellectuel mis sous la protection des siècles d'art classique qu'il connaît et possède, V manque d'une zone d'ombre pour apparaître totalement crédible. Mais certaines projections dans son passé achèvent de compléter le personnage, et on le percevra alors formé par la folie et la soif de vengeance.

 

Le dessin sublime de David Lloyd (la pauvreté esthétique était à mon sens la grande faiblesse des Watchmen) forme un véritable déploiement contrasté de la problématique manichéenne mise en place par Moore. Zones d'ombres et lumières pastel se dévorent l'une l'autre, brouillées et fluctuantes, la mise en scène mettant ainsi l'accent sur l'impossibilité de jugement que suscite le personnage principal – devenu rapidement une obsession totale de la diégèse, qui ne tourne qu'autour de lui avant de subtilement se décaler vers le personnage d'Evey, son "successeur crédible" pour ainsi dire, à la fin. Les glissements de tonalité – du bleu vers le rose puis le jaune, toujours passés et pastels néanmoins – contribuent à "réchauffer" ou "refroidir" l'atmosphère sans que l'histoire y soit pour grand chose, simplement dans une volonté de varier et de faire se succéder les intentions émotionnelles. Tout ceci est, de toute façon, dominé par le contraste noir/blanc, souriant/figé, de V. C'est dans cette grandiose imbrication du dessin finement découpé et de l'enjeu général de l'intrigue (c'est à dire la question de la légitimité du pouvoir) que se situe à mon sens le génie de V, plus que dans sa "dénonciation" d'un fascisme ou totalitarisme potentiel, discours un peu plus stérile. On a l'impression d'une oeuvre compacte, à la fois rigoureusement construite et fuyante, pleine de zones d'ombre, suintante d'émotions, grandiloquente et mythique.
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F
<br /> c'est vraiment trop bien.... enfin graphiquement ce livre arrache mais pour une bd le texte est un peu trop omniprésent c'est dommage...en parallèle le film est pas trop mal la lumière et le<br /> cadrage rendent vraiment bien.<br /> <br /> <br />
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