Épisode 1 :
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Épisode 2 :
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Merci M6, franchement, on ne le dira jamais assez. Offrir à nos yeux frétillants l'intégrale de Star Wars à raison d'un épisode par semaine, c'est déjà pas mal. Mais en plus, nous balancer en deuxième partie de soirée l'un des meilleurs films de science-fiction de tous les temps, c'est une véritable friandise divine. Et après on dit que la télévision ne diffuse que de la merde, c'est le cas la plupart du temps, mais là tout de même ! Bon, certes, les choix étaient faciles et la prise de risque minimale. Goûtons néanmoins à ces petits plaisirs de la vie que le destin nous concède, parfois, au gré du vent, que c'est beau ce que je raconte.
La Menace fantôme, donc, c'est le début du début de Star Wars. Si on en croit la foultitude de romans et bandes dessinées tirées de l'univers de La Guerre des Étoiles (traduction honteusement fallacieuse d'ailleurs, puisqu'on devrait dire Les Guerres de l'Étoile), ce n'est qu'une petite partie d'une longue histoire sur laquelle George Lucas a choisi de s'attarder, un peu à l'image du Seigneur des Anneaux de Tolkien. La ressemblance ne s'arrête d'ailleurs pas là. La saga de fantasy de Tolkien et le space opera de Lucas partagent l'utilisation acharnée des archétypes du conte de chevalerie, avec quête à accomplir, et élu de rigueur pour ce faire. Le traitement, néanmoins, est très différent. Prenons par exemple, puisque nous l'avons eu sous les yeux, cet épisode 1 intitulé La Menace fantôme : une sombre intrigue politique se noue autour de la planète Naboo, dirigée par la princesse Nathalie Portman et envahie par la fédération du commerce – sans doute du commerce de sales gueules, vues celles des deux chefs. Deux maîtres jedi, Qui Gon et Obi Wan Kenobi (oui, c'est lui !), sont envoyés sur place pour gérer les négociations. C'est normal, car les jedi sont une sorte de secte religieuse, mélange de chevaliers médiévaux et de moines asiatiques, qui croit en une entité appelée "Force" et se mêle d'à peu près tout ce qui se passe dans la galaxie. Après avoir embarqué avec eux Nathalie Portman, ce qui égaye la déco de leur vaisseau, ils s'arrêtent en route sur Tatooine (planète dont on reparlera dans trois épisodes) et ramassent Anakin Skywalker, pas encore grand, masqué et tout noir puisque c'est un enfant, blond et très gentil. Et voilà où je voulais en venir : Skywalker présente une affinité incroyable avec la Force, qui dépasse tout ce que le sage et chevelu Qui Gon a pu voir dans sa vie. Il se pourrait même qu'il soit un enfant de la Force elle-même, puisque sa mère l'a porté et enfanté sans qu'il ait de père ! Et bing, vous le prenez le parallèle avec Jésus bande de nazes ? Voici un indice pertinent de la chose suivante, néanmoins : dans Star Wars, le sujet est avant tout celui d'une quête mystique et métaphysique visant à "rétablir l'équilibre", c'est à dire mettre à un même niveau le bien et le mal, dans le plus pur style new-age, ou disons taoïste.
Du reste, les motifs visuels ou scénaristiques prenant pour modèle ce "rétablissement d'équilibre" en vue de promouvoir sa pertinence pullulent : par exemple, pendant la course de pods, meilleure scène du film inutilement rallongée dans la "version longue" choisie par M6, le petit Anakin est martyrisé par une limace baveuse et vicelarde qui essaie de fracasser son engin (composé d'une partie centrale et de deux réacteurs). Sur un écran situé dans l'appareil, on voit brièvement que l'un des réacteurs ne marche plus, qu'ainsi toute la puissance de propulsion est passée dans l'autre. Pour réparer ce défaut mécanique et ainsi poursuivre sa course (qu'il va remporter), Anakin choisit de "shunter", c'est à dire rétablir la puissance de propulsion dans des proportions égales entre le réacteur gauche et le droit. On voit alors, à nouveau, un écran de contrôle montrant l'effet de la manoeuvre avec des couleurs qui disent : "là, c'est bon". Ce motif du juste équilibre à rétablir, c'est l'obsession de
Star Wars. Y compris dans sa partie politique, grande nouveauté de cette nouvelle trilogie. Dans les vieux épisodes, les forces en présence restaient archétypales : le récit était résolument épique et ne cherchait pas à expliciter grand chose. Ici, c'est tout le contraire : le scénario veut absolument vous faire piger ce qui n'était pas clair avant, compléter la vision que vous avez de ce monde. Fausse bonne idée : les passages didactiques et les raccords au forceps entre anciens et nouveaux scénarii vont s'empiler sans guère de subtilité.
Si encore c'était le seul problème, mais ma pauvre dame, il y a bien pire dans ces deux épisodes modernes : visuellement, ce n'est déjà pas très joli, plein d'à-plats de couleurs et la 3D envahit totalement le cadre, dans un festival de mocheté. Le pire je crois, c'est au niveau de la lumière : l'emploi du numérique rend sa gestion catastrophique puisque, les acteurs étant à 90 % filmés devant des écrans verts, il devient impossible de générer des ombres, de jouer avec les éclairages électriques ou naturels. Bref, le grain est pixellisé et on constate une absence de tonalité, une image complètement lisse et plate. Passons deux secondes sur la symbolique de l'histoire ou son originalité : le premier épisode pose un ensemble d'informations à acquérir, le second s'emploie à délivrer les enjeux. À savoir que, côté diégétique : le Sénat qui régit toute la Galaxie est gangrené de l'intérieur par une vieille maladie, les Siths, ennemis des Jedis ou plutôt, pourrait-on dire, Jedis déchus. Côté symbolique : toute forme de pouvoir contient en germe la source de sa déchéance, fut-il religieux ou politique. Pourquoi pas ! Du coup il y a une ambiance un brin moins niaise qu'auparavant, mais une dimension mythologique amoindrie du fait qu'on nous explique trop de choses. Le problème, c'est que le déroulé narratif est une catastrophe. Il y a une sorte de running gag qui date de la première trilogie, mais qui a été récupéré à très mauvais escient dans la nouvelle : à la fin de toutes les scènes, mais je dis bien de toutes, il n'y a jamais pour toute transition vers la suivante qu'un effacement de l'écran en diagonale, comme dans les films de vacances que vous faites sur Movie Maker. Et pire : le montage semble ne jamais avoir été affiné ; la fin du dernier plan de la scène semble toujours arriver trop tôt, ou trop tard, ce qui occasionne une sorte de suspension du jeu d'acteur alors même que l'environnement sonore, par exemple, perdure. Le rythme est alors incroyablement faussé, bancal. Et cela semble contaminer l'action elle-même, curieusement hachurée par des numéros humoristiques (cela devient franchement pénible dans L'Attaque des clones avec des inserts systématiques sur des gags de C3PO) ou des situations rendues ridicules par le cadre lui-même : il faut voir, dans La Menace fantôme, la princesse Nathalie Portman et ses sbires surentraînés dégainer en plein suspense des pistolets à grappin pour se hisser comme des pantins à l'étage du dessus, c'est d'un comique ! Et je ne parle même pas de la mort de la mère d'Anakin dans la suite.
C'est globalement le gros défaut du premier épisode : il est très grand public, parfois niais, lourdement humoristique (c'est ce qu'on appelle le syndrome Jar-Jar, un des personnages les plus insupportables que j'ai jamais vu au cinéma). Quant au second, il se perd complètement à force de chercher à empiler les morceaux de bravoure, les clins d'oeil, les romances et les intrigues. Une grande partie du film se déroule en montage alterné pour faire opposer le mielleux dégoulinant de la relation Portman/Skywalker avec l'intrigue teintée de thriller qui voit Obi-Wan explorer la galaxie. Soyons plus brefs : La Menace fantôme et L'Attaque des clones sont complètement ratés. S'il y a une seule scène à sauver, c'est celle très brève, qui voit dans le second s'affronter Anakin Skywalker et le Comte Doku (plutôt bien campé par Christopher Lee) : après quelques démonstrations de Force et coups échangés, Anakin, en reculant sabre au poing, coupe (exprès) un tuyau qui traînait au sol, ce qui provoque une extinction de la lumière principale et une giclée d'étincelles électriques. S'en suit une succession de plans alternés sur les bustes des deux personnages en train de se battre, en contre-plongée. Avec cet éclairage incertain, et les reflets fantastiques des sabres lasers qui balayent les visages, c'est tout simplement beau. Pendant quelques secondes. C'est le seul moment, dans les deux Star Wars nouveau cru, où il y a de la mise en scène.