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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Une après-midi consacrée à trier de vieilles véachesses aux contenus non identifiés (quand j'étais ado, pour que j'aie la prescience d'étiqueter ce que j'enregistrais sur cassette, il fallait vraiment que je fus très concentré, ce qui arrivait rarement) allait fatalement déboucher sur un enthousiasme forcené pour un titre hasardeux auquel j'allais ne pas résister. Tout se passa comme prévu, mais je n'aurais jamais cru tomber sur ce film, que je ne me souvenais pas avoir jamais vu en entier et qui ne côtoie pas dans mon échelle personnelle les passions irrationnelles que je cultive pour, par exemple, Mortal Kombat, Opération Condor ou Jumanji.
L'image est dégueulasse mais je supporte, car les USA vont mal : le président (Lloyd Bridges, qui tente d'être Leslie Nielsen sans jamais y parvenir) est un incompétent notoire qui vomit sur les ambassadeurs japonais, situe l'Irak vers le Minessotta et ne pige strictement rien à la situation géopolitique. Elle est pourtant grave : des deux missions qui ont tenté de récupérer les otages américains détenus par le méchant Saddam Hussein, aucune n'est revenue. Pour éviter un nouvel échec, une seule solution : convaincre Topper Harley (l'inénarrable, le grand, le superbe Charlie Sheen) de faire jouer ses gros muscles pour buter tous ces horribles barbarabes. Problème : Charlie Sheen est en Thaïlande où il coule des jours de pénitence en forgeant des roues de charrettes, hanté par le souvenir de l'amour de sa vie, Valeria Golino (très belle actrice qui faisait la nana de Tom Cruise dans
Rain man : Sheen est quand même bien plus marrant !).
Je sens qu'il y a une référence, oui mais à quoi ... ?
Hot Shots ! 2 fait partie du cercle finalement assez fermé des parodies pures à l'américaine, un genre que nous nous garderons de railler ou négliger tant il constitue un bastion de la contre-culture au cinéma au pays de l'oncle Sam. Le genre n'a vraiment rien d'anodin en ce qu'il tire à boulets rouges sur les constantes les plus réactionnaires de l'american way of life, mais, encore plus malin, il s'attaque non pas à des figures réelles et prégnantes comme ont pu le faire an Angleterre les Monty Pythons, mais directement à leurs représentations cinématographiques ! Ainsi, le sujet de Hot Shots ! 2, qui est l'opération Tempête du désert et ses désastreuses conséquences, n'est pas traité en fonction du contexte géopolitique des années 1990 mais se base plutôt sur les représentations qui ont pu être faites de la "grande guerre" précédente, celle du Viet-Nam ! Les films parodiés sont Rambo, Platoon, Apocalypse Now - qu'ils aient été plus ou moins critiques à l'égard du conflit a finalement peu d'importance : partant du principe qu'une certaine imagerie de propagande ou des interprétations nationalistes émergent dans les oeuvres de fiction consacrées à des événements politiques, Abramahs décide de leur opposer sa contre-vision en les tournant en ridicule.
Aussi assistons-nous dès le début du film à une sorte de systématisme du gag, un principe à l'épreuve dans les principales séries parodiques vues au cinéma, qui s'ancrent dans une tradition semblable avec des gimmicks communs, mais qui traitent de genres différents : le film de guerre dans
Hot shots !, nous l'avions bien compris, l'horreur/fantastique/SF dans
Scary Movie, le polar/thriller dans les
Y a-t-il un flic ... ? Cette répartition tacite, qui s'articule en grande partie autour de l'acteur Leslie Nielsen, présent de façon matérielle ou fantasmée dans chacune de ces séries, et à partir de la fin des années 1980, est vraiment symptomatique selon moi d'un manque dans le cinéma américain, dont la dimension critique peine à exister avec l'avènement des blockbusters et du cinéma vendu comme commerce à des segments de marché. Trop intellectualisés à un moment où le public, notamment jeune, demande rigoureusement l'inverse, les films à dimension réflexive sont escamotés par leur manque de diffusion. Avec les parodies, il y a clairement une volonté de "lutter avec les mêmes armes", de connaître un succès populaire littéralement sur le dos des grosses machines à fric. Le genre fera même des petits, en France c'est par exemple
La Cité de la peur qui en sera l'exemple emblématique en 1994.
Un commentaire est-il vraiment nécessaire ?
Mais enfin, revenons à Hot Shots ! 2, qui est donc un rejeton très classique de cette émulation : systématisme du gag, disions-nous, oui, cela fait partie des prérequis du genre : le décalage envahit l'écran, il ne peut y avoir de répit pour le spectateur, aucune scène, aucun plan ne veut être "classique", et cela oblige à minutieusement écrire, monter et cadrer le film : du coup, le résultat est loin d'être dégueulasse ! Voir par exemple la profusion de gags qui naissent d'un décalage de la caméra, d'une action en arrière-plan, d'un cadrage particulier et de l'irruption d'un objet dans le champ, tout ça est franchement inventif, et souvent drôle. De même, le spectateur est systématiquement pris à partie, sorti de son immersion, par l'irruption dans les dialogues de saillies constitutives du tournage et qui le revendiquent : "Lui ? Oh, c'est juste un figurant", ou encore la diatribe de Valeria Golino qui se trouve en Irak "parce qu'elle avait un contrat et a été obligée de resigner pour le deuxième volet". Un deuxième passage obligé, c'est évidemment la pluie de références, et ça ne rate pas : non seulement des films, et pas seulement des films de guerre, ce qui est une très bonne idée (La Famille Adams, Street Fighter, La Belle et le Clochard [drôlissime scène !], et tous ceux qui m'échappent bien sûr !), mais aussi des marques détournées (il doit y en avoir une bonne vingtaine dans la scène d'exposition avec Saddam Hussein), ou encore des tics télévisuels et même vidéoludiques : n'oublions pas qu'on est alors en pleine explosion du first person shooter de type Doom, et une scène assez réussie voit Sheen en train de massacrer des irakiens tandis qu'un compteur comptabilise le nombre de morts, de façon à entériner le film comme le plus sanglant de l'histoire ! Troisième obligation, la moins drôle malheureusement : l'humour scatologique est obligatoire. Hot shots ! 2 n'est pas le pire exemple en la matière, et ça parvient même parfois à être drôle, mais ce manque de subtilité, symbolisé tout entier par Lloyd Bridges qui subit un rôle particulièrement retors, agace parfois.
C'est d'autant plus dommage que les acteurs sont relativement sobres. Bon, Charlie Sheen est parfait, mais pouvait-il en être autrement ? Il a une capacité à transcender le modèle du héros stallonien pour révéler, en quelque sorte, son "jardin intérieur", qui mérite trois oscars et un prix Nobel. À part quelques rôles très secondaires et Bridges/le président, personne ne semble décidé à en faire des caisses, et le film est globalement parcouru par une onde de bon goût - en référence aux productions du genre, entendons-nous. C'est bien simple, ce film australo-américain sonne très anglais, en atteste l'apparition très "pieds dans le plat" de Rowan Atkinson (allias Mister Bean). Ah, évidemment, ne vous attendez pas à une image intéressante, des éclairages sublimes ou une révolution du champ/contrechamp, y en a pas. De même au niveau du scénario : même si, nous l'avons vu, la politique américaine et notamment ses déclinaisons fictionnelles sont raillées, Saddam meurt à la fin (dans une très bonne parodie de Terminator 2 où, il me semble, on trouve carrément quelques stock-shots, à savoir des images du film réutilisées !) et le président américain, une sorte d'émanation fusionnelle de Bush junior et senior, survit et pourra encore bouffer force grillades.
C'est ce que je ferai également, si on ne m'en veut pas, car toutes ces explosions m'ont donné une envie de viande grillée. Accompagné d'un shweppes agrumes, ce sera bon comme des vacances paresseuses.