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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Enfin ! Gloire et célébrité, le nombre de visiteurs va exploser car je vais parler de Haricot Ter, le BN qui s'emmêlait. Succédant aux premières vagues d'assaut qui explosèrent le box-office, nous nous rendîmes dans un gros complexe multinational pour profiter de la salle 1, la grosse qui tâche, avec un écran de 12 hectares et un son Dolby THX Surround Digital Coca Cola Reebook Stereo. Ca n'a pas empêché la copie d'être parfois rayée, mais bon... Armés du plus petit pop-corn disponible – au prix de 3,90 et qui faisait bien ses 30 centimètres – nous profitâmes de bande-annonces déjà vues quatre fois (le prochain Jeunet a l'air tout pourri) et nous immergeâmes dans Harry. Enfin, je veux dire dans le film.
Soit un monde magique où des sorciers côtoient les moldus blabla – je ne vais pas vous refaire tout le speech pour expliquer de quoi qu'ça parle Harry Pot'. Les affiches sont bleues-grises avec des effets spéciaux magiques, c'est pas suffisamment explicite ? Ca veut dire que le monde du film est magique, mais que là quand même c'est du sérieux, et il y a des scènes sombres et tout. C'est pas tout surexposé en orange comme dans les films de Chris Colombus. Harry, donc, est sous le feu des projecteurs parce qu'il est l'élu, comme dans
Matrix, mais ses lunettes ne sont pas noires. Cette fois, c'est sûr, Voldemort est revenu, il est tellement revenu même que ses acolytes "Mangemorts" font exploser des trucs dans Londres, ce qui blesse deux passants à l'orteil. Après quoi, ils cassent quand même le Millenium Bridge, ce qui est une bonne nouvelle, moi tous ces trucs en acier de la City, hein... Harry, lui, s'est échappé et a passé tout l'été à errer dans des trains et à brancher des meufs super bonnes dans des cafés. Mais évidemment, il est retrouvé par son mentor Dumbledore qui le ramène fissa à l'école. C'est que le vieux sorcier a une quantité de trucs à déléguer à Harry, qui rappelons-le n'a que 16 ans : il va devoir notamment draguer un vieux prof de potions qui détient de terribles secrets à propos de Tom Jedusor, le jeune homme si brillant qui devint plus tard Voldemort.
Je vous l'avais dit qu'il y avait du cadre dans ce film ! Comment ça on dirait un roman-photo à la con ?
C'est peu dire qu'après les avertissements de l'extraordinaire Olivier, je me méfiais du métrage, d'autant que Yates était déjà auteur du précédent volet qui m'avait profondément barbé. Surprise néanmoins, le début du film est vraiment excellent. Le tout début dirais-je : le logo de la Warner fait brrouuum au milieu des nuages gris, on attend les gros effets spéciaux qui tâchent, l'effet sonore qui déchire les tympans de ta mère, mais non, on enchaîne subitement par une scène d'ouverture toute douce qui voit Potter mitraillé par les flashes des photographes, baignant dans une lumière brûlée qui l'envahit admirablement. Toute la suite est à l'avenant : la scène du café puis celle de l'exploration de la maison de Slughorne sont très bien amenées, et introduisent une constante de tout le film : c'est filmé avec une vraie réflexion sur ce qu'on met dans le cadre, et dans quelle position et pourquoi. Il se passe souvent quelque chose en second ou arrière-plan qui ajoute du sens à l'image, on utilise le surcadrage intelligemment : en préambule de la scène d'affrontement Potter/Malefoy, ce dernier, lorsqu'il se cache, est littéralement expulsé du cadre, l'ouverture du couloir, tandis que Harry pénètre en icelui. Il y a aussi de vraies trouvailles de mise en scène, un peu moins par moments, puis ça revient : en vrac, la première scène chez les Weasley et les dialogues par étages interposés, excellent, le match de Quidditch, pour une fois prenant et drôle, ou surtout les souvenirs qui incluent Tom Jedusor qui réussissent à faire froid dans le dos (il faut dire que le gamin qui joue Tom est meilleur acteur que tous les autres réunis). Il y a même, par moment, des jeux sur l'image, non vous ne rêvez pas ! Déjà, le sempiternel filtre grisâtre qui patine l'image pour "faire faux" est moins prononcé et moins chiant que lors des précédents volets, et les scènes d'obscurité ont la bonne idée d'être par ailleurs éclairées par de gros spots blancs derrière un filtre bleu, ce qui passe mieux, et va très bien à Malfoy au tain. Ensuite, on a droit à quelques effets de flou, de lumière, et même une décomposition du cadre par un kaléidoscope (la scène subjective de Luna) ! Bref, d'un point de vue purement esthétique, ne s'agissant même que de la sobriété inventive de la mise en scène, cet épisode enterre tous les précédents.
Regarde, j'ai trouvé le tome 7 : à la page 325 on couche ensemble. Autant prendre les devants !
Néanmoins, j'ai bien compris pourquoi beaucoup étaient déçus et je partage leur désarroi : ce qu'il y a, c'est que le film a subi, beaucoup, mais vraiment beaucoup de coupes. J'aime bien les teen-movies, mais là vraiment l'heure du milieu est particulièrement obsessionnelle sur la question. Les amourettes du trio de tête font partie de l'histoire, c'est certain, mais ce que l'on peut regretter, c'est que l'on passe autant de temps sur des scènes certes utiles mais bateau (l'empoisonnement à l'hydromel, le serment inviolable, tout l'épisode amoureux de Ron, etc.) et si peu sur des passages importants (la scène finale, par exemple, est totalement foirée, trop courte, invraisemblable, sans aucune tension dramatique). Pire : il semblerait que des choses essentielles aient été coupées, non seulement au niveau du livre – mais là on ne peut pas en blâmer les scénaristes qui ne peuvent pas tout traiter – mais aussi et surtout au niveau de ce qui a été filmé. Que le métrage final ait subi des coupes sèches et des rallongements par ailleurs, c'est une évidence que même euh, disons Warner Bros ne pourrait pas nier. On ne compte plus les fins de scènes trop longues ou au contraire abrégées d'un cut qui mène sans transition à tout autre chose, les faux raccords, les défauts de tonalité, etc. C'est que le montage final a été remanié et calibré, ce qui vient annihiler tout le boulot de tournage et de mise en scène concocté par Yates, et c'est bien dommage. Je ne serai pas de ceux qui hurlent que "c'est une oeuvre qu'on assassine", que c'est pas fidèle et tout ça car je m'en fous allègrement. Par contre, on peut râler de voir un film rendu du coup incohérent, mal rythmé et incompréhensible pour qui n'a pas lu cinq fois tous les tomes en français et en anglais, et en finnois.
Quid par exemple de ce qui constitue tout de même le titre ? "Le Prince de Sang Mêlé", nous dit le professeur Snape à la fin, c'est moi". Euh, oui, et alors ? De toute façon on s'en fichait depuis le début. Par ailleurs, comme je n'ai pas un souvenir très précis des derniers tomes livresques, des tas de trucs m'échappent (alors j'imagine ceux qui n'en ont jamais lu !), des personnages aussi, il faut dire qu'il y en a une quantité qui sont là, mais à peine effleurés, et dont on sent pourtant qu'ils avaient un potentiel intéressant. Fort heureusement, il y a la scène dans le magasin de bonbons des jumeaux Weasley, ce qui est l'essentiel. Les acteurs, parlons-en, sont globalement ni bons ni mauvais, Emma Watson a cessé de pleurer à chaque plan (montre en main, elle ne fond en larmes qu'au bout de 1h05), Malefoy est très bien mais mal dirigé, Michael Gambon qui joue Dumbledore s'est enfin calmé et a cessé de sautiller partout, Helena Bonham-Carter mérite une paire de claques à chacune de ses apparitions, non seulement dans ce film, mais dans tous ceux passés et à venir, je ne supporte pas son sur-jeu, elle en fait des caisses, encore le mot soit-il faible.
Enfin, je suis déçu que les directeurs de casting ne m'aient pas donné le rôle de Rémus Lupin, moi qui suis déjà un authentique loup-garou. Déçu aussi qu'il n'y ait pas plus de sexe entre Potter et Ginny, qui a quand même le nom d'une boisson gazeuse très très chaude. Tant pis, et à la prochaine !