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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Avant de me rendre en salle pour me délecter du tout dernier opus de la saga Harry mon pot', il fallait bien que je révise un peu, ce que me permit Bouygues hier soir en me resservant le premier épisode adapté à l'écran il y a déjà huit ans. Je l'avais vu à l'époque lors de sa sortie en DVD, et n'avais pas encore lu les bouquins qui, dévorés en un mois, m'avaient faire dire qu'il s'agissait d'une très bonne saga de fantasy écrite par une maligne bonne femme, avant que les tomes 6 et 7 ne me refroidissent un peu. Les deux premiers tomes, néanmoins, jugez-en par leur longueur par exemple, étaient vraiment de petits contes pour enfant d'une longue lignée anglaises, assez classiques mais qui, disons, avaient efficacement révisé leurs gammes. Les deux premiers films suivirent exactement la même veine, réalisés par Chris Colombus, un tâcheron quelconque surtout producteur et scénariste, en plus d'être moldu.
Devinez quoi : nous ne sommes tous que des moldus, et nous ignorons crassement que nous côtoyons tous les jours des sorciers et sorcières, qui pratiquent la magie de façon banalement quotidienne, et qui ont leur propre monde, leurs propres rues, leur propre système postal, à l'insu des gens "normaux" qui ne se doutent de rien et persistent à utiliser les PTT. Voilà onze ans en Angleterre, un de ces sorciers, Voldemort, a pété les plombs et s'est pris d'une passion bien légitime pour le meurtre à coup de rayons verts. Un jour, où il devait sans doute se rendre à une
garden party pour prendre un thé, il exécute Lily et James Potter et manque presque d'oublier leur petit nouveau-né, Harry, qu'il serait dommage de ne pas envoyer rejoindre ses parents. Manque de bol : Harry résiste au sortilège de Voldemort et, mieux, le réduit à néant, devenant ainsi la première créature à résister au méchant. Du coup, il devient célèbre bien sûr. Mais pour le préserver, un vieillard avec un aspi-lumière et une vieillarde féline décident de le placer non pas à la DDASS mais chez son oncle et sa tante, de gros moldus absolument crétins qui vont lui mener la vie dure jusqu'à ses onze ans. En effet, c'est traditionnellement l'âge où les sorcier d'Angleterre entrent à l'école Poudlard pour y apprendre la magie. Harry est libéré de l'affreuse emprise de son ersatz de famille et peut enfin s'épanouir auprès de gens qui lui ressemblent ! Oui mais voilà, il ne connaît rien à ce monde qui lui a été dissimulé pendant toute son enfance, un monde qui ne manque pas de dangers, d'autant que Voldemort semble encore rôder dans les parages, quoi qu'en petite forme.
Les trois acteurs principaux viennent d'apprendre qu'ils ne toucheront leur cachet qu'à l'âge de 18 ans.
Globalement, ce premier opus au cinéma est, on pouvait s'y attendre, une mise en image plus que du cinéma. Le scénario s'emploie à être très narratif, mais c'est peine perdue : une quantité de détails, ou même des points essentiels de l'histoire échapperont totalement aux spectateurs qui n'ont pas lu le livre, un peu comme dans la version courte du Seigneur des Anneaux. Mais autant la trilogie de Peter Jackson était prétexte à du grand spectacle (je n'ai pas dit bon spectacle), autant ici nous aurons droit à des tunnels de dialogues et une longueur de métrage (2h30 et des poussières) qui rendent le film relativement chiant. Au niveau du montage, rien à signaler : tout est imbriqué en "épisodes" qui manquent bien sûr de liant. Ce seront des logos visuels qui feront office de marquages temporels (citrouilles d'Halloween, neige de Noël, herbe verte du printemps...). L'éclairage est atroce : au début du film, c'est si mal fichu que l'ombre de certains personnages masque carrément d'autres qui sont en train de parler à leur côté (voir le dialogue Dumbledore/McGonagall), puis le passage scolaire de Poudlard, qui dure les trois-quarts du film, baigne dans une ambiance orangée type flambeau ou vieux parchemin qui vieillit l'atmosphère, alors qu'elle est censée être fortement ancrée dans le monde contemporain. Résultat : on est beaucoup trop "ailleurs", dans un ancien temps, corroboré par les tenues ridicules des moldus ; il n'y a qu'à voir comment est fringuée la famille Dursley, c'est risible. Dès l'hiver, la neige rend les scènes en extérieur brûlées au blanc, ce qui m'a piqué les yeux et je suis allé me chercher une glace au citron.
Surtout, tout est globalement très naïf, à commencer par le jeu des acteurs. La famille Dursley est à se taper la tête contre les murs, leurs grimaces ont menacé de distordre ma télé, le pompon étant gagné haut la main par le fils Dudley dont les gesticulations ont failli me provoquer une angine de poitrine. C'est un peu mieux par la suite, certains adultes (le professeur Quirell avec son si subtil bégaiement) restent catastrophiques, mais d'autres tirent leur épingle du jeu ; les gosses sont mignons, sauf Hermione déjà insupportable (mais après tout, son personnage est insupportable), et le doublage français est une atrocité digne des
Goonies, auquel
Harry Pot' ressemble d'ailleurs beaucoup et dont, surprise, le scénario a été écrit par Chris Colombus. S'il n'y a vraiment pas de quoi grimper au rideau, l'efficacité du récit de Rowling demeure, malheureusement amputé d'une grande partie de ses bonnes idées. Il reste quand même assez rigolo de voir ces photos bouger sur les feuilles de journal, ou encore se déplacer les personnages des tableaux, le match de Quidditch est sympa, c'est à peu près tout.
Les gobelins travaillent tous dans une banque, ont des doigts, des nez et des oreilles crochus. Toute ressemblance avec des présupposés ethniques serait fortuite.
La meilleure scène est de loin celle du basculement d'un monde vers l'autre, lors de laquelle Harry cherche la voie 9 3/4 à King's Cross puis prend le Poudlard express avant d'arriver en barque au château/école, et enfin d'affronter une première fois Drago Malefoy en haut des escaliers. Le changement progressif, l'intrusion dans un monde nouveau, est franchement bien amenée et rondement mis en scène. Ce sera malheureusement à peu près la seule fois que sera utilisée cette progressivité dans l'assimilation du merveilleux. Ce qu'il se passe, c'est que les éléments magiques de cet univers étrange ne sont pas suffisamment intégrés à la mise en scène, sont présentés comme extérieurs, effet renforcé par la laideur des effets spéciaux, et donc ne parviennent pas à devenir progressivement familiers. Les créatures diverses (troll, cerbère, dragon, licorne...) sont soit rendues extraordinaires par le regard des enfants, soit banalisées comme des objets méritant peu d'attention. Seuls les accessoires "touchés" par Harry (la baguette, le balai, la cape d'invisibilité, le miroir) verront leur utilisation inscrite dans un processus d'apprentissage. Le reste n'est que décor. Il n'y aura guère que dans le troisième volet, de loin le meilleur film de la série, que seront mis en scène les éléments magiques, avant qu'ils soient purement et simplement rayés de l'environnement dans le 4 et le 5. Il y a pourtant là un immense matériau poétique à exploiter, délaissé au profit d'une sorte d'exposition du gothico-bizarre. Par exemple, l'école Poudlard ne sera jamais spatialisée, les pièces et couloirs restant sans identification (à l'exception, peut-être, du dortoir, et encore...), le lieu ainsi n'existant jamais vraiment : tout concourt (montage, lumière, décors, mise en scène) à ce que le spectateur/enfant soit piégé dans une bulle en ayant conscience de l'illusion cinématographique, alors que les romans prétendent exactement le contraire : favoriser l'immersion par un ancrage de la magie dans le réel.
Dans deux jours, un shweppes agrumes dans la main et une nana dans l'autre, je verrai le sixième film et son filtre bleu. N'est-ce pas que la vie est belle ?