Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Colson of the dead (Zombies ! - Raphaël Colson et Julien Bétan)

 



Lu d'une traite dans le train qui me ramenait de Lyon après une impôrtantissime réunion éditoriale avec le léviathanique André-François Ruaud, le nouvel essai de la mort qui tue - c'est le cas de le dire, paru aux Moutons électriques sous une merveilleuse couverture. La nouvelle collection "Bibliothèque des miroirs" s'annonce ma foi très bien, ne serait-ce que dans les énoncés (un essai sur le Space op', d'autres sur des bédéastes célèbres, bientôt Hayao Miyazaki, etc.), et si tout est du niveau de celui-ci, elle a de beaux jours devant elle.
 
Je ne vais pas refaire mon speech sur les zombies, j'en ai déjà largement parlé à propos de l'excellent World War Z de Max Brooks. Je dois simplement dire que la lecture de Zombies ! m'a fait prendre conscience des profondes lacunes que je cultive sur le mythe, lacunes qui ne m'étonnent guère puisque je n'ai guère que des lacunes dans la vie. D'abord, on apprend un tas de choses dans une première partie titrée "Incubation" qui insiste sur la source du phénomène : le vaudou (ou voodoo, ou vodou, ou aspirateur) haïtien, décortiqué avec maestria et parfaitement replacé dans son contexte notamment politique. Ce qui ressort de cette lecture, c'est que la création du zombie en tant que mythe occidental correspond à la confrontation d'une culture américaine impérialiste et d'une autre, africaine, sous domination. Au carrefour de ces deux ethnies, Haïti - puisque située dans l'océan Pacifique, rappelons-le - semblait être destinée à accoucher d'un symbole aussi puissant que celui de nos chers cadavres claudiquants. L'iconographie et la documentation qui émaillent l'essai sont réjouissants, mais en attendais-je autre chose ?
 
L'enjeu suivant n'en est que plus clair : comment les différents bassins culturels, soumis à l'émergence de la culture de masse et de l'internationalisation des supports, réagissent-ils à l'intrusion de cette figure morbide ? La question est relativement bien traitée : de façon assez évidente, on reste en grande partie centré sur les États-Unis, les artistes américains ayant été les principaux usagers du personnage, mais les européens (un gros passage réjouissant sur Luciano Fulci bien sûr) et les asiatiques (dont la récupération du zombie fut un peu plus anecdotique toutefois) ne sont pas oubliés. Ce dont je n'avais jamais pris conscience, et la lecture n'en fut que plus éclairante, c'est que Georges Romero, lorsqu'il réalise Night of the living dead en 1968, ne fait que prolonger une tradition déjà ancienne, au bas mot d'une quarantaine d'années. Auparavant, sous des formes moins établies et définitives, le zombie hantait déjà le cinéma (il faudrait vraiment que je déniche le White Zombie de 1932) mais aussi le comics, le pulp et, dans une moindre mesure, la littérature.
 
La suite de l'essai reste instructive et réjouissante, pour ma part un peu moins palpitante car je connais beaucoup mieux le zombie post-seventies. Les auteurs s'emploient à replacer le zombie dans un ensemble plus vaste de l'horreur, du bis et du série B (Carpenter, Cronenberg, Hooper, Craven, Raimi...) et à étudier les palpitations d'ensemble au gré des censures et interdictions. Et les bonnes idées se succèdent, puisque la partie centrale un poil systématiste dans l'archivage laisse la place à une explosion de l'étude en cross-media, puisque seront abordés la musique (des excellents Zombies jusqu'à Rob Zombie bien sûr, mais pas que), le jeu vidéo (Resident Evil, il faut bien se le dire, fut une véritable révolution, et pas seulement dans la vidéoludie) et les quelques tentatives littéraires qui peinèrent à exister, du moins jusqu'à 2006 et Max Brooks (néanmoins Stephen King et certains chantres de la speculative fiction firent à l'occasion un passage obligé). Parfaitement découpé à mon goût, rigoureux et documenté, Zombies ! parvient à dégager de vrais axes et à recouper son sujet, tout en oubliant pas d'être fun, notamment grâce à sa grandiose icono (mon Dieu quel dommage que ce bouquin ne soit pas en couleurs).


Je m'en vais dévorer ma bruyante voisine pour fêter ça.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article