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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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The Ballardish exhibitions (J. G. Ballard : Hautes altitudes - Jérôme Schmidt & Emilie Notéris (dir.), 2008)

 



Vous le savez peut-être, James Ballard est mort il y a juste un mois. Je ne suis vraiment pas propice à la fanitude passionnelle : la nouvelle de la mort d'un auteur, ça ne me bouleverse que dans la mesure où il n'écrira plus de bouquins, et en l'occurence, je n'étais pas attiré par ce qu'écrivait Ballard depuis les années 1980. L'émotion ne fut donc que faible. Pour autant, je tiens cet auteur britannique comme un des plus brillants que j'ai jamais lus. Un écrivain essentiel de son siècle, auréolé d'une sphère de connivences qui semblent aujourd'hui, en partie grâce à lui évidentes : la science-fiction, bien sûr, mais aussi les arts plastiques, le cinéma, les langages techniques, les sciences médicales, ont imprégné son écriture, façonné ses techniques de transfiguration. Ballard écrivait comme un naturaliste, un agent clinique, ainsi infiniment plus proche à mon sens d'un Olaf Stapledon (Créateur d'étoiles) que d'un H. G. Wells, s'il fallait lui trouver un illustre aîné. La principale qualité que j'ai toujours trouvé à ce garçon, c'est son sens de l'observation et sa faculté à le transcrire en termes aussi lointains que possibles du pathos qu'il est si confortable d'employer. On est bien loin du romantisme d'une Mary Shelley par exemple, et pour autant, les figures qu'il a décrites dans ses romans ne sont pas moins inoubliables que Frankenstein, elles sont simplement, au lieu de personnages agités par leurs sentiments, devenues des objets, j'ai envie de dire des objets intérieurs. Si je devais décrire en une phrase ce que fait Ballard dans ses fictions, ce serait de la réification intérieure, des mondes façonnés artificellement mais qui sont seulement le reflet d'une psyché globale. C'est notamment grâce à sa farouche volonté de renouveler, de proposer autre chose, qu'il fut proche du mouvement de la New Wave des années 1970, mouvement duquel je me sens très proche, ainsi que de ses auteurs emblématiques, tels Michael Moorcock ou Norman Spinrad. Je me souviens fort bien de mes lectures précoces des Quatre Apocalypses (Sécheresse, Le Vent de Nulle Part, Le Monde englouti, La Forêt de cristal) qui m'avaient fait une forte impression, plus encore peut-être de sa Trilogie de béton (Crash !, L'île de béton, I.G.H.), formidables romans qui me semblent être, avec La Foire aux atrocités (sublime patchwork fragmenté de mythes modernes de la pop culture ; Ballard est très barthésien), le noyau dur de la littérature qui me passionne le plus, celle qui explore des territoires connus pour mieux en montrer les mystères, à défaut des miracles.

Enfin bref, Ballard est mort, et les éditions Ere avaient justement publié l'an dernier un recueil d'articles à lui consacré, bouquin fortement recommandé par le formidable libraire de L'Ecailler du Sud, obscur dépositaire de cet ouvrage alors que sa boutique ne fait que dans le polar. Trop passionné pour pouvoir passer à côté, je débourse toutes mes économies et découvre avec intérêt que l'équipe de collaborateurs a franchement de la gueule : tout d'abord, c'est coordonné par Jérôme Schmidt, directeur des éditions Inculte (que je trouve intéressantes même si j'ai égratigné un de leurs bouquins sur le Cafard Cosmique), ensuite on a là entre autres Jacques Barbéri (traducteur, romancier, nouvelliste de SF), David Cronenberg (raaah lovely), Norman Spinrad et Bruce Sterling (l'un des instigateurs du mouvement cyberpunk). L'ouvrage insiste principalement sur le cross-media, à savoir l'oeuvre de Ballard au centre d'un noeud d'influences avec des supports culturels autres que le livre, et sur l'univers diégétique de l'auteur.

Après une chouette introduction des deux anthologistes, entâchée de quelques photos bof-bof (et tout l'ouvrage à l'avenant, l'iconographie est très très mal sortie à l'impression, tout en pavés grisés, c'est un souci que je connais bien...), voilà directement un entretien avec le maître, réalisé en 1977. Date très pertinente, du moins en ce qui me concerne, puisque Ballard vient de terminer ce que je considère comme son "grand-oeuvre" (son dernier roman publié est alors I.G.H.) et s'apprête à entamer un cycle un peu plus ronronnant qui va recycler des thématiques plus que prolonger sa démarche. C'est court, mais fascinant.
Encore plus court (quel dommage) est l'entretien suivant, avec David Cronenberg, réalisé il a juste un an ! Ceux qui me connaissent se rappellent sans doute que le cinéaste canadien est peut-être un des rares artistes auquel je voue une sorte de culte (raisonnable, le culte). Ici, il esquisse une forme de discours sur Crash ! (il a adapté le bouquin au cinéma en 1996), qui donne surtout envie de revoir tous ses films.
Bien qu'il semble au premier abord n'avoir rien à foutre ici (puisqu'il ne parle que très épisodiquement de Ballard), l'article de Bruce Bégout sur le monde "suburbain", ces connurbations intermédiaires qui entourent, scindent, enclavent les villes, est non seulement intensément ballardien dans ses explorations, mais aussi superbement écrit. Paradoxalement, puisqu'il n'est pas consacré à l'auteur, il constitue le noyau de ce recueil, autant dirais-je que l'entretien avec Bruce Sterling, où l'auteur cyberpunk révèle une certaine sensibilité, une tranquille intelligence à discuter de Ballard et de se place dans la littérature de (science-)fiction. Tout le contraire en somme de Norman Spinrad, beaucoup plus expéditif, un brin provocateur et finalement assez creux dans le discours.
D'autres articles encore : celui de Barbéri, bof, je goûte assez peu les tentatives de "docu-fiction surréalistes" (à l'exception de celle, sublime, de David Calvo dans mon Yellow Submarine n°134, je dois bien le dire), celle-ci est bien dans l'esprit ballardien, mais enfin bon... David Pringle, lui, avec "Toi, moi et le continuum : à la recherche du roman perdu de J. G. Ballard", tape très fort avec un texte bien foutu, très borgésien, dérive de textes ou d'intentions de textes, ludisme littéraire que j'adore. Il y a aussi une belle étude graphique des diverses couvertures de Crash !, une bibliographie commentée et enrichie de nombreuses autres références (sites internet, expositions, etc.), et j'oublie probablement quelques autres trucs. Globalement, malgré quelques écueils, comme l'icono donc, mais aussi certaines traductions un peu bizarres, pour ne pas dire suspectes (une sempiternelle translation de "character" en "caractère" au lieu de "personnage", madre de dios) la lecture de Hautes altitudes s'est révélée très enrichissante, l'ouvrage parvenant à être à la fois anthologie, récréative et de référence. Belle initiative, belle surprise, surtout pour deux ou trois articles de haute volée.

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