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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Rentrer dans le l'art (Dario Argento - Le syndrome Stendhal, 1996)

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦


Avant toute chose et pour que les choses soient bien claires, je ne puis résister à l'envie de vous offrir un florilège des jaquettes qui ont orné les diverses éditions de ce film, dont la moins moche est finalement celle ci-dessus, qui correspond à ma propre version achetée au marché.

 




L'insistance à faire entrer ce film dans un lignage trash de série Z est assez pathétique, d'autant qu'il y a finalement assez peu de scènes gore dans le Syndrome Stendhal. Ceci étant dit, de quoi qu'ça parle :  Asia Argento est une fliquette de Rome qui va visiter la Galerie des Offices à Florence parce qu'un mystérieux coup de fil anonyme l'a avertie que le fou dangereux qui a violé et tué à coups de rasoirs trois jeunes filles récemment y sera également présent. Manque de bol, il est bien là, il la suit chez elle, la molleste, la viole, mais la laisse en vie. Traumatisée, elle rentre dans son village natal pour y prendre quelques vacances parmi son père et ses frères, mais se sent étrangère dans un cadre rural qu'elle a quitté bien jeune. Qui pis est, l'assassin la rattrape... Mais tout cela ne serait rien si, en plus, elle ne souffrait d'une mystérieuse névrose qui la fait entrer dans un état catatonique dès qu'elle contemple un peu trop longtemps un chef d'oeuvre pictural, objets qui ne manquent pas dans les métropoles italiennes.

Le Syndrome Stendhal est une vraie maladie qui existe dans le vrai monde : il a été nommé ainsi car l'homme de lettres français en souffrit au début du XIXe siècle, précisément après avoir visité Florence et notamment sa basilique de Santa Croce. Pour résumer, il provoque des hallucinations chez le sujet exposé à une surabondance d'oeuvres d'art dans son champ de vision. Dans le film de Dario Argento, dont c'est ma grande première après en avoir tant entendu causer, la très bonne idée vient du fait que le Syndrome est immédiatement associé au meurtre et à la psychose. Je vais m'en expliquer, et m'excuser auprès des puristes car je vais être obligé de dévoiler de nombreux aspects du scénario pour pouvoir en parler correctement.

 

Le début du film est franchement très réussi : noyée dans une foule italienne compacte comme il ne peut en exister que là-bas, Asia Argento va évoluer pendant un bon moment, et presque systématiquement, face caméra. Déjà comme un indice qu'il est inutile de se focaliser sur l'assassin "qui se trouve peut-être quelque part, là, dans le champ", angoisse habituelle de la scène de foule, non c'est seulement elle qui nous intéresse. Les seules fois où le cadre se permet de s'échapper de son visage, c'est pour déjà donner des signes précurseurs du syndrome dont elle souffre : des statues, des bas-reliefs, sont contemplés en contre-plongée, "dans le regard" de l'actrice, avec des mouvements amples de caméra qui signifient habituellement le début d'un évanouissement.

Enclavée au tableau par le cadre.


L'errance d'Asia dans le musée est superbe : savamment cadrées et filmées, les oeuvres provoquent un fort impact émotionnel, et leur choix est mûrement réfléchi : à la Vénus de Botticelli, exemple-type de la candeur féminine atemporelle, succède la Méduse du Caravage, mégère impulsive et assassine (là encore, il y a comme un signe), montrée brutalement et de plein-pied avec un cut sauvage. Enfin, Asia se "noie" dans La Chute d'Icare de Bruegel, qui est un tableau que j'adore : sublime idée, tout comme ce début de film, mais trois fois hélas, Argento foire totalement ce moment si important où le personnage doit se fondre, se perdre, se noyer dans l'oeuvre d'art et devenir ainsi "autre", passer "de l'autre côté du miroir". Le passage manque cruellement de beauté, de poésie, c'est mochement éclairé par un spot bleu, au montage la transition entre l'effet de chute et la plongée effective de Asia dans des eaux troubles est mal fichue. Quel dommage ! Et pour comble, toutes les scènes de basculement de ce type seront foirées au centième degré. Il n'y en a pas beaucoup, mais les idées sont tellement fortes, et tellement essentielles à la diégèse, comme cette pénétration auditive dans La Ronde de Nuit de Rembrandt, que le ratage est réellement frustrant. Comble de tout, Dario arrose le tout avec des effets spéciaux au numérique balbutiant, mochissimes est-il besoin de le dire.

Pour autant, on a pigé l'essentiel, et à ce début de film psycho-mystico-étrange va succéder une intrigue de thriller bien plus classique, mais néanmoins engrossie d'une multitude de détails sordides qui nous font bien dire que quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire de gentille fliquette traquée par un méchant tueur concupiscent. D'abord, il y a quand même un viol, pas assez brutalement filmé néanmoins, mais qui met l'accent sur un trauma important du personnage (voir la scène d'hôpital et son décor caverneux qui annonce bien des choses). Ensuite, il y a ces petits inserts, lors des scènes de dialogues, montrant Asia en train de se mutiler (souvent les mains) sous la table, tandis qu'au-dessus elle garde son tein blanchâtre et pur ; ou encore cette scène extrêmement violente et bien mise en scène où elle provoque son mari Marco dans une joute sexuelle forcée. Enfin, il y a l'actrice : filmée (malmenée !) par son propre père, Asia Argento, en plus d'être sublime jusqu'à l'indécence, joue merveilleusement son faux semblant, laisse continuellement filtrer sur son joli visage une angoisse non pas en réaction à un environnement extérieur menaçant, mais tout droit venue de l'intérieur.

Il faut toujours bien vérifier que le canon n'est pas bouché avant de se servir d'une arme.


Ce n'est pas bien de raconter ça, mais il faut que je le dise sinon le film vous semblera nettement moins intéressant : après un creux de la vague central, l'assassin, blond aux yeux fous bien campé par Thomas Kretschmann (aperçu depuis dans Immortel, Blade ou encore Le Pianiste), traque à nouveau Asia jusque dans son petit village, décime toute sa famille, la capture et la séquestre dans une grotte. Par un stratagème, et après une belle scène d'affrontement caverneusement éclairée, elle parvient à le tuer et à le jeter dans un labyrinthe de canaux. Elle est recueillie par la police et notamment par son ex-mari Marco. Revenue à Rome, elle s'acoquine avec un charmant restaurateur d'oeuvres d'art (elles ne sont jamais bien loin). Mais, dans le même temps, la voilà qui commence à changer, dans son attitude mais aussi en se travestissant (elle enfile une perruque blonde ; après son viol, déjà, elle s'était fait couper les cheveux). Un beau jour, son flirt est assassiné. Puis c'est son psy. Puis Marco. Bref, vous l'aurez compris, et tout le film nous y prépare : le meurtrier, c'est elle. Au sein de la diégèse, le scénario nous embarque sur une certaine piste : depuis qu'elle a tué son propre violeur, elle a cru s'être libérée de son syndrome mais a ensuite pété les plombs et a tué tout ce beau monde. Moi, même si le film de le dit pas, j'irai même jusqu'à affirmer qu'elle est l'auteur de tous les meurtres, et depuis le début du film, le blond rencontré au musée n'étant qu'une de ses victimes, rejetée dans le labyrinthe des canaux (symbole cérébral : elle "efface" l'assassin qui est en elle), et sur lequel elle a rejeté sa culpabilité : culpabilité symbolisée par ses mutilations et les tâches de sang que l'on repère souvent sur ses vêtements blancs. Eh oui, trop troublant est son comportement depuis le début, magnifié par le jeu d'Asia (qui inspira, j'en suis persuadé, Madeleine Stowe pour L'Armée des 12 singes), trop troublant le fait que personne, y compris le spectateur, ne voie les crimes commis ni l'assassin sauf en présence de la fliquette. Une accumulation de détails de mise en scène sonnant comme autant d'indices me vient en tête, à commencer par la succession de tableaux dont je vous ai parlé au début, mais je vous les épargne.

Blessure de femme coupable, psychotique, et trahie par l'art : c'est vraiment très beau, et ça fait curieusement écho à un film vu récemment, Anti-Christ, qui fait un scandale, mais Le Syndrome Stendhal est aussi "outrageusement mysogine" que le film de Van Trier ! Très dommage en tout cas qu'Argento ait foiré des moments-clé de son film, sans quoi, c'eût été une grande référence du thriller des années 90, à n'en pas douter.

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N
Je m'auto-commente pour réparer un oubli : les musiques sont signées Enio Morricone, excusez du peu, et sont très réussies.
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