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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Nan mais c'est bon tu vois (Riad Sattouf - Les Beaux Gosses)

 

 

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦  


Juste deux mots à propos du film vu hier soir avec l'excellentissime Olivier dans un complexe multisalle fort onéreux. A ma grande surprise, Les Beaux Gosses de Riad Sattouf a évité l'écueil du nanar auto-proclamé de belle manière pour préférer le registre léger/poétique qui lui sied bien. Sattouf, on le connaît de la BD, c'est lui l'auteur par exemple de Retour au collège, qui m'avait bien fait rire en son temps, et duquel une certaine joliesse se cristalisait autour de la mocheté de l'adolescence prépubère, selon un processus largement autobiographique. En film, cela donne exactement la même chose.

Sattouf revisite sa propre madeleine boutonneuse, c'est une évidence, et Hervé, le looser principal du métrage, c'est lui, ça ne fait aucun doute, tant dans la ressemblance physique que dans ce qu'on a pu déjà voir dans ses bandes dessinées. Alors évidemment, on est en droit de penser que la djeunzitude a évolué depuis les années 70, desquels semblent surgis les principaux freaks & geeks de fond de classe dont les portraits sont croqués ici, alors même que l'intrigue se passe incontestablement quelques années après le 11 septembre : ces collégiens de 3e ont des portab' et vont sur internet. Par contre, les membres de la bande que l'on suivra le plus attentivement semblent surgis des seventies ou eightees : ils portent des fringues improbables en jacquard ou veste en jean (vous n'avez qu'à jeter un coup d'oeil sur l'affiche avec les deux zozos en tête), jouent à Donjons et Dragons, les arabes jouent du metal sur leurs guitares électriques, et ceux qui portent des keffiehs savent ce que ça veut dire : là c'est clair, c'est pas ceux de maintenant. Et pourtant, ils sont confrontés à la cruauté technicisée des années 2000.

Un des jolis plans du film : de gauche à droite, les pensées dessinées par les regards, et l'on surprend le débile de service (au fond en gris), qui regarde fixement... le spectateur !


De ce décalage malicieusement mis en place découle la gentille poésie du film. Gamins d'une autre époque, Hervé et Kamel sont à la fois confrontés à un monde qui leur échappe complètement, à cause de trucs universels et atemporels, comme le dépucelage, les nanas, les adultes et tutti quanti, mais aussi parce que, au sein de la diégèse, ils sont largués dans la mauvaise époque. Et heureusement, tout cela n'est pas prétexte à un discours nostalgisant (bon il y a bien un peu de nostalgie dans le regard de Sattouf...), ou à un pathos de type "chronique familiale", ni encore à la révélation des individus extraaaôrdinaires qui se cachent derrière ces débiles suintants. Non non, tout reste très léger, déconstruit, les ellipses sont fréquentes, il n'y a aucun fil rouge apparant, ou peut-être celui, inévitable, de l'angoisse du dépucelage (et encore, relativement diffus). Le ton n'est jamais totalement drôle (ou du moins pas au sens que lui a donné la comédie à la française, tant mieux), jamais tragique non plus, c'est particulièrement atone, comme un collégien. A ce titre, l'atmosphère générale, avec ce joli grain d'image qui met l'accent sur les tons automnaux, sert à merveille le propos.

Surtout, Sattouf sait manier les "passages obligés" du teen-movie tout en les tournant en dérision (par exemple, l'inévitable "mère-envahissante", ici, se fout de la gueule de son rejeton, du début à la fin !) ; il reste très distant sur la symbolique lourdingue. Sur certains points, un effort aurait pu être fait, par exemple sur la succession de plans rapprochés qui montrent Hervé et sa jolie compagne en train de se rouler des pelles selon chaque fois un même angle, mais dans des décors différents, et sans aucune mise en scène autour : c'est rigolo au début, puis un peu emmerdant. A contrario, un symbole aussi casse-gueule que celui du distributeur de bananes ( ! ) qui siège sous le préau est magnifiquement employé : au-delà de la métaphore (les élèves sont des singes savants, etc.) et de l'improbabilité de l'appareil, on se rend compte que toutes les intrigues de préau se cristallisent autour de ce distributeur : trois ou quatre fois, il est dans le champ, bêtement là, drôle, avec ses bananes sous vitres, puis un groupe de discussion se forme à ses côtés tandis que les petits cons payent et mangent lesdites bananes, et un élément extérieur (souvent un élève) surgit dans le champ pour tirer le groupe-noyau vers la cour, vers les intrigues humaines, en mouvement latéral : tous les moments forts utiliseront ce système, à chaque fois pour illustrer un affrontement social : honte, rejet, mensonge, etc. C'est assez malinement fait.



Allez, avouez, vous aussi vous l'avez fait.


Sattouf n'est pas un cinéaste, cependant, c'est certain, mais il transpose ses habitudes de mise en page pour en faire de la mise en image. Globalement, il réfléchit à peu près à ce qu'il met dans son cadre, mais cela reste sommaire : une ou deux jolies scènes par-ci par-là, comme ce travelling latéral en montage alterné avec Hervé et sa copine Aurore de part et d'autre de la grille d'enceinte du collège, qui se termine par une retrouvaille visuelle... mais une rupture dans les termes ! C'est à peu près tout, et on a droit à du gros, voire du très gros plan dans la grande majorité des séquences, boutons transpirants inclus. Les comédiens sont très attachants, sauf Emmanuelle Devos dont le gros cameo en tant que proviseur ne sert strictement à rien, ou plutôt si : telle une vraie directrice d'école à ses élèves qu'elle ne regarde pas, à donner une leçon à tous ces comédiens "amateurs" avec son gros talent qui tâche. C'est laid.

La semaine prochaine, Le Massacre vous expiquera pourquoi Emmanuelle Devos est une actrice de merde. En attendant, salut !

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N
Mais chère Nataloche il existe d'excellents teen-movie. Je ne saurais que trop te recommander un film comme The Faculty, qui est excellent !
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N
hmmm...j'hésite toujours à aller voir ce film.<br /> S'il n'y avait pas Riad Sattouf, je snoberais ce teen-movie (comme tout les teen-movie il a l'air racoleur)<br /> <br /> sinon, "retour au collège" c'est sympa, mais le meilleur, le best des best, de Riad Sattouf c'est "la vie secrète des jeunes" c'est un recueil de bd courtes parues dans Charlie Hebdo. Et bien c'est genialissime, aussi drôle que grinçant, je le recommande à LA TERRE ENTIERE (hé oui)
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