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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Soirée de massacres (Souviens-toi l'été dernier - Jim Gillespie, 1997 ; Bodybags - John Carpenter, 1993)

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦  


On a eu hier soir un drôle de privilège offert par le destin. D'abord, tomber par hasard sur Souviens-toi l'été dernier, en bon anglais I know what you did last summer (comme d'habitude le titre original est bien meilleur), sur une chaîne du câble. Ensuite, s'installer dans nos canapés et fauteuils pour constater que l'on était deux couples, deux mecs et deux nanas donc, comme dans le film !

 

En effet, nous sommes le 4 juillet aux States, il y a des lycéens partout pour le bal de fin de promo, et notamment ceux qui nous intéressent : nous avons là une brunette, Jennifer Love Hewitt, qui sort avec un brun, Freddy Prinze Jr (le mec qui joue dans Elle est trop bien, très mauvais comme d'habitude, du grand art !). Et la blonde, Sarah Michelle Gellar (la nana de Buffy, mais qui là joue une cruche, ce qui lui va beaucoup mieux), sort avec un blond (Ryan Philippe, très bon, déjà vu dans Studio 58 ou encore dans Sexe Intentions, le rigolo remake des Liaisons dangereuses, déjà avec S. M. Gellar d'ailleurs), sinon c'est le bordel. Ils sont sur la plage, et discutent de choses et d'autres, et fricotent chacun dans leur coin. Après quoi, le blond picole un peu trop, c'est donc le brun qui les ramène en bagnole, mais le blond est vraiment très chiant, il renverse de l'alcool partout et c'est dégueulasse, ça déstabilise le brun (comme quoi, les campagnes de prévention pour la sécurité routière, ils ont raison, l'alcool au volant c'est dangereux, même quand on boit pas) qui perd momentanément le contrôle du véhicule, juste le temps de percuter un corps dans la pénombre. Attérés d'avoir provoqué un tel accident (le type a la figure broyé et semble bel et bien mort), les quatre lycéens décident après moultes hésitations de balancer le corps dans la flotte et ne plus jamais reparler de cet incident. Du moins jusqu'à l'année suivante...




Elles ont des pilotis, et ça rend tous les garçons fous.


Dès le début, le film est vraiment surprenant : alors que nous avons toutes les caractéristiques du teen-movie, avec cette esthétique de série télé pour ados, ces acteurs trop-la-classe dirigés comme des automates, maintes caractéristiques détonnent. Mais déjà, ces jeunes ont l'air intelligent ! Ils parlent de culture, de philo, et Love Hewitt, qui est la caution intellectuelle du groupe, est toujours consultée pour prendre les décisions. C'est assez rare pour être signalé. Le scénario, du reste, est malin sans être d'une folle originalité. Néanmoins, il fait de I know what you did last summer un matériau de base du slasher (à savoir un film d'horreur lors duquel des ados se font écharper les uns après les autres), lui-même lointainement inspiré par les vieux exemples italiens de Mario Bava, comme La Baie Sanglante.

L'éclairage, la photo, sont tout simplement splendides, et ce tout le long du film, des éclairs blancs ou rosâtres, toujours dus à des éléments inattendus du décor, venant trancher les zones d'ombre. Surtout, tout est étonamment sombre, les ombres au couteau dissimulent les visages et les intentions des personnages, tous les environnements sont menaçants, de la plage à la route en passant par les cabanes de pêcheurs, les bâteaux, les entrepots. Il faut dire que l'idée de placer l'intrigue dans un milieu portuaire invite à toutes les gourmandises de mise en scène, provoque l'apparition d'ambiances (fumées, eaux noires, brumes, etc.), d'objets (le meurtrier se sert d'un "esse" à éviscérer les poissons) ou de personnages (vieux marins édentés, crapules des docks, etc.) qui participent à l'atmosphère inquiétante magnifiquement mise en place. Encore mieux, c'est filmé, avec des cadrages astucieux (la "plongée totale" lorsque la blonde a, euh, des problèmes dirons-nous ; le très beau plan avec le blond en contre-plongée sur le balcon avec la lumière diffuse qui le nimbe par derrière, etc.) même si on voit aussi quelques effets faciles (les tremblements et flous lors de la seconde visite de la maison bizarre). Globalement, il y a vraiment de la mise en scène, magnifiée par la photo, bien que le grain de l'image soit quelconque (sauf à certains moments comme la superbe, mais superbe première scène de meurtre), mais les différentes scènes existent vraiment bien grâce au travail effectué sur les atmosphères des différents lieux. Les effets horrifiques, eux, sont un peu plus basiques, sauf l'idée des messages en lettres bâtons qui est rigolote ; le montage lors des passages narratifs est très inventif, avec de brusques coupures, des ellipses étranges, des insistances comme lors de la scène de discussion sur la plage, au début. Bref, une agréable surprise que ce classique, que je ne connaissais pas, et qui fonctionne pas mal à tous les niveaux. Il y avait les suites diffusées après, mais ma douce m'a assuré qu'elles étaient beaucoup moins réussies, et moi ma douce je la crois toujours.






Nous embrayâmes donc sur du cinéma d'horreur, encore et toujours, parce qu'on adore ça, parce que c'est un des genres les plus inventifs en ce qu'il est obligé de faire de la mise en scène pour provoquer quelque chose chez le spectateur. Nous avions donc en DVD fraîchement acheté chez le disquaire d'occaze le sémillant Bodybags (littéralement "sacs à cadavres") dirigé par mon idole John Carpenter. Autant Souviens-toi l'été dernier dégageait beaucoup de sympathie, autant là, on est vraiment en présence d'un autre calibre.

 

On est accueilli dans une morgue suintante par un hilarant coroner plein d'anecdotes croustillantes et morbides, qui boit du formol (et non pas du schweppes agrumes comme tout le monde) dans une ambiance bleue électrique. Cette introduction est tout simplement brillante : plans audacieux, montage humoristique, lumière de grande classe, décor inoubliable, c'est du grand art. Et pourtant, ce n'est qu'une exposition : suivant le principe dit du "porte-manteau", jolie métaphore, qui signifie que plusieurs réalisateurs se succèdent sur un même métrage, nous aurons là trois courts-métrages (comme dans les sublimes Trois visages de la peur de Mario Bava) à chaque fois présentés par le fameux coroner de la morgue, joué par John Carpenter lui-même, hilarant d'auto-dérision et d'excentricité glauque. Les deux premiers courts sont de lui, et le troisième est dû à rien moins que Tobe Hooper, si si, le réalisateur de Massacre à la tronçonneuse (qui fait d'ailleurs un petit cameo, c'est-à-dire une apparition furtive en "guest-star", tout comme Sam Raimi et Wes Craven qui apparaissent également ! C'est beau, une famille du gore et de l'horreur réunie...) qui est, allez, un des plus grands films de l'histoire du cinéma.

Ca commence donc avec "The Gaz Station". Comme le titre l'indique, ça se passe dans une station essence, superbement éclairée une fois de plus : tout dans le bleu, parsemé de lumières électriques en pointes pastels, le bâtiment posé au milieu d'un néant d'ombres duquel les personnages émergent ou vers lequel ils disparaissent. Une jeune nana arrive, de nuit, conduite par une amie, pour prendre ses fonctions de caissière de la station, petit boulot typique des étudiants en psycho, comme elle, d'ailleurs elle en profite pour réviser ses cours sur les comportements psychotique (il y a un lien, je vous jure !). Sauf qu'elle est un peu angoissée parce que les infos annoncent qu'un fou dangereux rôde dans la région, commettant des crimes ici et là. "The Gaz Station" est un pur bijou, une merveille d'horreur millimétrée, d'angoisses contenues puis malmenées. Inutile et impensable de faire un catalogue de tous les plans fort jolis qui émaillent le métrage, dont le format court (une vingtaine de minutes) permet une concision très intéressantes qui sied parfaitement au genre (voir par exemple l'émission "Masters of horror" qui passe parfois sur le câble, basée sur le même principe). Il n'y a qu'à voir le plan où la jeune blackette, dont on voit la gueule au premier plan légèrement décadrée à droite, souffle et halète après avoir échappé au tueur, et que ce dernier, très lentement, reprend ses esprits en flou à l'arrière-plan, le basculement d'échelles ne s'opérant qu'au tout dernier moment, pour le voir en plan américain, armé de sa machette, un sourire sardonique aux lèvres : c'est prodigieux.

Tout commence donc superbement bien. Le court-métrage suivant, "Hair", sera beaucoup plus drôle, mais un peu raté aussi. Un gros type, genre ex-beau gosse quincagénaire, se fait du mourron parce qu'il se dégarnit du dessus du crâne, et craint ainsi de manquer de sex-appeal pour exciter sa plus jeune partenaire. Il en fait des crises d'angoisse incroyables, et perd ainsi encore plus de cheveux. Il habite un grand appartement surexposé à la lumière blanche, et passe sa vie à se regarder dans le miroir ou à inventer de nouvelles coupes qui le mettent en valeur. Même après être passé chez le coiffeur de sa copine (un incroyable surfer blond qui ressemble à David Bowie !), il n'atteint pas la plénitude de la satisfaction. On a même droit à une scène à se tordre de rire où il s'attarde sur les abondantes toisons des passants, le regard envieux (les figurants remuent leurs cheveux longs au ralenti comme dans une pub de shampooing, et il y a même un hilarant mouvement de caméra vers un chien particulièrement touffu). Frustré, il décide de se rendre chez un docteur qui fait de la pub à la télé, rendu célèbre par un soi-disant "traitement miracle" pour faire pousser de la pilosité en masse, même sur les cailloux les plus arides. Au début, c'est un succès, et il se retrouve avec les cheveux de Eva Longoria, mais tout ne se passe pas comme prévu... L'ambiance générale de ce court est très étrange, le décor de l'appartement et les prises de vue générales font penser à une sitcom des années 80 (en plus l'acteur ressemble au type qui joue dans "Magnum" alors ça n'aide pas), et à la fois, un bon paquet de dérision et un soupçon d'étrange sont déversés là-dedans, au grand dam des personnages. Difficile de rentrer totalement dans le délire, tant le scénario est naïf (même si c'est voulu), et puis, niveau mise en scène, à part l'humour des premières scènes, plus grand chose à se mettre sous la dent ensuite.

Après un nouvel intermède de John Carpenter dans sa morgue (Tim Burton aurait vraiment mieux fait de l'embaucher lui plutôt que Mickael Keaton sur Beetlejuice), voilà que démarre "The Eye", le troisième opus de la soirée, proposé par le génialissime génie Tobe Hooper. Il y a un joueur de base-ball américain (bah oui, forcément), joliment moustachu, très années 80 (C'est Mark Hamill : Luke Skywalker, quoi !), qui semble-t-il, a enfin été repéré par des recruteurs de clubs pro : gloire et faste en vue. Sa femme est très contente, et de toute façon, ils ont déjà une chouette baraque de banlieue. La nana a même une surprise pour lui quand il va rentrer du boulot (enfin, du vestiaire) : elle est en enceinte, mais il n'en sait rien. Et sur la route, c'est le drame, un terrible accident survient (je ne sais plus vraiment si c'est un accident de voiture, peut-être autre chose, m'enfin c'est pas important), et voilà qu'il se crève un oeil : sa carrière est foutue. Oui sauf que, un éminent docteur lui propose une opération inédite : une greffe de l'oeil, avec l'assurance, si tout se passe bien, de recouvrer l'ensemble de ses facultés visuelles. L'oeil est brun, alors que lui au départ il a les yeux bleus, mais c'est pas grave, on pourra mettre une lentille. Voilà l'idée de base, et elle est très bonne : un corps étranger introduit dans le corps du sujet, et qui va évidemment le dérégler, lui provoquer des visions, le faire sombrer dans la folie. La thématique est bien plus proche d'un Carpenter ou d'un Cronenberg bizarrement, et d'ailleurs, Hooper a du mal à en faire quelque chose d'intéressant. C'est réalisé sans saillies, avec même quelques emprunts (à Dead Zone de Cronenberg notamment), des effets un peu faciles pour suggérer le basculement dans la folie : contre-plongées tremblotantes, visage qui se décompose, etc. Le résultat est donc sympathique, grâce à deux ou trois instants d'horreur bien menés, notamment à la fin, mais finalement un peu fade.


Le joueur de base-ball. On dirait qu'il a un truc dans l'oeil.


"The Gaz Station" est donc d'assez loin le plus intéressant des trois, c'est même une des meilleurs productions carpenteriennes que j'ai vues. Reste que Bodybags est éminemment recommandable, constituant même un classique du cinéma d'horreur des années 90, sans doute le dernier sursaut d'une génération de l'horreur (Hooper, Carpenter, Raimi, Craven, Friedkin) avant de laisser la place à la suivante, plus orientée teen, mais pas forcément inintéressante, voir par exemple... Souviens-toi l'été dernier !

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N
ha c'est bien de parler de films "grand public, blockbusters" !<br /> et sinon ils ont l'air génial les films de carpenter...mais je ne les verrais JAMAIS !!! (je tiens à préserver ma santé mentale)<br /> <br /> ha et j'ai découvert un site qui devrait vous plaire, il référence toutes les illustrations et toutes sortes de graphismes en rapport avec la science fiction, y a du kitch et des perles (timbres russes), bref c'est une mine à images pour les fans du genre !!<br /> <br /> http://www.sci-fi-o-rama.com/
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