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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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S'il te plaît, couds-moi un bouton (Coraline - Henry Selick)

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion

Intellect    

 

Bon, comme je viens de regarder sur RTL9 le dernier quart d'heure de Conan le destructeur, vous comprendrez que c'est toute mon échelle de valeur artistique qui vient d'être bouleversée. Malgré tout, le vais vous parler du film que j'ai vu au cinoch vendredi soir, profitant ainsi des billets spécial machin qui sont pas chers. N'est-ce pas que vous êtes chanceux ?

 

Ma douce et moi sommes férus de films d'animation, on essaye d'aller tous les voir dès leur sortie, et il faut dire que ces dernières années, il y a eu une bonne production, notamment grâce à Pixar il faut bien le dire (Ratatouille, Wall-E, deux chefs d'oeuvre !). Il y a deux erreurs courantes à ne pas faire quand on aborde un film d'animation : premièrement, le regarder comme un film normal ; deuxièmement, ne pas le regarder comme un film normal. Eh oui, il faut absolument ne pas perdre de vue que le dessin animé possède une dimension visuelle supplémentaire dans le sens où l'animation des décors et personnages est entièrement imputable à l'équipe de réalisation, contrairement au film en prise réelle. Néanmoins, le dessin animé s'analyse exactement de la même façon qu'un autre film : ne surtout jamais considérer que c'est "pour enfant", ou qu'il peut se passer de mise en scène ou de cadrage : c'est faux.

 

Ceci étant dit, le film démarre assez abruptement et, il faut le dire, joliment : Coraline est une petite jeune fille avec des cheveux en plastique bleu, à la fois cool, midinette et aventureuse comme toutes celles que les scénaristes aiment bien, parce que comme ça on peut s'identifier à elles et en même temps elles ne restent pas le cul sur leur chaise à envoyer des textos tout le temps, ce qui serait mauvais pour les péripéties. Coraline a des parents assez sympas, mais trop absents (comme dans Beetlejuice), alors même qu'ils sont trop présents : en effet, ils passent leurs journées à bosser à domicile sur un catalogue de jardinage qu'ils doivent présenter à un éditeur (cool, pour une fois qu'on parle de métiers du livre !). Donc le papa écrit, la mère corrige, et ils ne font que ça, ils n'ont même pas le temps ni la motivation pour en cultiver un, de jardin ! Car en plus, ils viennent de déménager dans une vieille baraque perdue dans des marais américains quelconques, alors qu'ils viennent d'une banlieue du Michigan. Pourquoi ont-ils déménagé, eh bien, on ne sait pas trop. Coraline, elle, n'est pas très heureuse de débarquer dans ce trou perdu (comme dans Le Voyage de Chihiro). En plus, la maison en bois et ses environs ne l'inspirent pas vraiment (comme dans Le Monde de Narnia) et les voisins sont bizarres (il y a deux anciennes actrices ratées et un vieux russe acrobate taré).

 

En plus, il se passe des trucs bizarres, notamment autour d'un chat noir à l'air étrange (comme dans Alice au Pays des merveilles). Un beau soir, alors même que les parents ne paraissent toujours pas installés (il y a des cartons partout) et que la petite peste râle comme d'habitude, une petite souris (qui ressemble en fait plutôt à un hamster) vient réveiller Coraline avant de s'échapper par une petite porte secrète coincée derrière le papier peint, qui paraissait à première vue condamnée. On ne sait pas si la petite fille vit bien tout cela ou si elle rêve (comme dans le Magicien d'Oz ou Peter Pan) Devinez quoi, derrière la porte, il y a un tunnel secret qui mène à un monde alternatif, dans lequel on trouve tout ce qu'il y a en vrai (comme dans De l'autre côté du miroir), mais en mieux : les parents sont devenus adorables et font tout ce que veut Coraline. Le seul problème, c'est qu'ils ont des gros boutons cousus sur les yeux : est-ce que ça ne cacherait pas quelque chose, et ce monde d'à-côté est-il si bien que ça ?



Eh oui, le passage entre les deux mondes ressemble un peu à un intérieur de trou du cul !

 

Bref, vous l'aurez compris, Neil Gaiman, auteur du bouquin de départ et du scénario, bouffe à tous les râteliers. Alors oui, la low fantasy, tel qu'on appelle ce type de récit (un monde alternatif inclus ou à côté du monde réel, et auquel on accède souvent par une porte, une frontière, etc.), ça peut être très intéressant, très porteur, puisqu'il permet souvent de proposer un monde magique distordu basé sur le monde réel. Ce "pas de côté", cette déformation, c'est l'essence-même de la fiction. Le problème, c'est qu'à un moment donné, on arrive à saturation. Au niveau du scénario, Coraline n'apporte rien, strictement rien à ce sous-genre, brasse une foule de références en surfant sur le succès de Harry Potter (du reste Gaiman, à l'écrit, persiste et signe, puisqu'il vient de signer un nouveau roman nommé Nobody Owens, qui use encore ce filon jusqu'à la corde), et propose une trame narrative éculée au possible, vaste resucée des systèmes de contes initiatiques que l'on trouve chez Lewis Caroll, James Barrie, Rudyard Kipling, C. S. Lewis, etc, etc, etc. Comme si ça ne suffisait pas, les dialogues sont d'une grande niaiserie : sous prétexte de faire de la jeunesse, Gaiman corrode une idée de départ pourtant sympathique (le parallèle poupée/humain, objet/sujet, pourtant déjà illustré mille fois, de Pinocchio au cinéma d'horreur type Le Moulin des Supplices ou Chucky) pour l'adapter au public visé. Bordel, ces gens qui ont du talent et qui font de la jeunesse parce que ça attire le chaland, y en a marre : CALIBRER, c'est déjà NE PLUS FAIRE DE L'ART ! 

 

Du coup, Coraline devient rapidement très énervant malgré une approche formelle qui s'annonçait prometteuse : bien qu'elle ait perdu en grâce, en imprévisibilité, par rapport à L'Etrange Noël de M. Jack, l'animation est correcte, et Selick joue merveilleusement avec certains effets du stop-motion (le pelage du chat, par exemple, est superbement rendu, du moins au début). La première demi-heure du film est carrément bien tournée, avec de l'audace dans le cadrage, une échelle de plans qui confronte merveilleusement le personnage principal à son environnement déroutant, du visuel ludique et notamment dans les moments les plus "anodins" des scènes dans la cuisine ou la chambre. Par la suite, tout se dégrade : à force de vouloir opérer un contraste saisissant entre les gris ternes du monde réel et le psychédélisme illusoire du monde magique, Selick en fait des tonnes dans les clignotements, la surenchère de couleurs et de mouvements. Tout n'est pas de mauvais goût certes, et quelques passages offrent un vrai délire visuel qui fonctionne (la scène de jardinage avec le faux papa). Mais dès que l'enjeu final sera posé (une sorcière qui cherche à capturer Coraline), la mise en scène s'installe dans une flemmardise de croisière, qui atteint son pic lors d'une scène de spectacle de souris totalement, mais totalement ratée, et même crispante : c'est bien simple, on est au supplice de voir ces chansons braillardes cesser.



Evidemment, le département marketing a enclenché la seconde, avant même la sortie du film

 

Peut-être Selick a-t-il monté ça de cette manière pour exprimer la fausseté de ce "monde de spectacle". Un truc très dickien : le monde magique est coloré, dynamique, attirant, mais a contrario est faux, manipulateur, agressif, tandis que le monde réel est, certes, terne, mais a le mérite d'être "vrai", tangible, réel. Alors, Selick fait-il exprès de rater les scènes du monde alternatif pour insister sur son échec à corrompre Coraline ? Honnêtement, je doute, vu la niaiserie de l'ensemble. Tim Burton a peut-être fait un truc comme ça dans Charlie et la chocolaterie, mais là au moins, il y en avait des signes (la scène des marionnettes brûlées). Et puis en attendant, les scènes, elles sont ratées, et le spectateur s'emmerde. Visuellement, les promesses du début ont laissé la place à une cascade de clichés, de plans facile, de montage atone. Cette façon qu'ont les personnages d'évoluer dans un équilibre précaire, toujours au bord de la rupture, de la chute, avant de se rattraper au dernier moment, il faut que les mecs de l'animation arrêtent de le faire : c'est une façon d'assumer l'animation de dessin animé, OK, on a compris, "vous faites de l'animation et c'est de l'art quand même", mais là ça suffit, Pixar, Dreamworks, tout le monde utilise ce gimmick qui n'apporte plus rien. Sinon, on a droit à trente gros plans sur le visage de Coraline : pourquoi infliger un truc pareil dans un film d'animation, alors qu'on a l'occasion de donner du mouvement ? Au niveau sonore, c'est aussi extrêmement plat, le summum étant atteint au moment où Coraline rassemble son courage pour affronter la sorcière, et où une voix-off intérieure juge bon de nous expliquer mieux la situation : "Allez, Coraline, courage !" se dit-elle, ainsi qu'à nous. 

 

On a du courage, mais on est quand même content de sortir de la salle à la fin. Le film d'animation, et celui-ci en est un signal fort, glisse dans un confort outrancier, il va falloir suivre ça, en espérant qu'une nouvelle patte parvienne à nous surprendre à l'avenir. Heureusement, j'ai acheté au marché d'Aix du Carpenter et du Argento : enjoy !

 

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N
Eh bien... disons que Corpse Bride m'a fait à peu près le même effet que Coraline (bon, encore pire peut-être, je te l'accorde). Non vraiment, même après quelques jours de recul, j'ai la sensation que Selick et Gaiman ont été paresseux dans l'approche de cet univers. Non pas que le film soit vide de toute beauté (d'ailleurs oui, c'est vrai la déconstruction en pixels est très belle), mais je lui ai trouvé une poésie factice, vite emballée après des débuts prometteurs, et je ne parle pas du scénario, vaste salade de clichés, pas drôle, et assez gagateux. Oui, je suis dur et sec comme un coup de trique, et puis JE N'AIME PAS LES ENFANTS !
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A
certes Gaiman est un auteur commercial, et c'est ce qui fait pur moi l'échec de ses romans pour adultes. mais en enfance, je le trouve tjs très bon, et le film de Selik m'a enchanté. le design est du sur-Burton, le rythme n'a heureusement pas l'hystérie habituel des prod US, et il y a des trouvailles visuelles de toute beaté (particulièrement l'effacement en pixel pure du monde alternatif, à la fin: wow!!). tu es (trop) dur, Nico, et tu t'es privé d'un sacré beau moment... autant le DA de Burton (les Noces funèbres) était gnagnan, commercial et convenu, autant celui-ci a du peps!
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F
en bref les techniques de ce fil sont bonnes mais hélas cela se limite à ça.... mais ce qui est le plus décevant c'est l'auteur Neil Gaiman qui était bien partie avec Never where mais qui c'est lamentablement scratcher sur un mur avec coraline et nobody owens... hai hai hai.<br /> Je suis peut être un peu dure mais je ne supporte pas qu'un auteur qui a du talent (car on peut pas lui enlever ça) le gâche pour pouvoir rentrer dans des critères (ici la littérature jeunesse) pour vendre plus.
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N
Tu uses la bande passante ;)
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N
haha c'est trop nul les doubles commentaires identiques !
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