" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Pour ressembler aux organismes visqueux qui viennent chaque jour d'été s'allonger dans mon rayon de librairie avec une red-bull dans une main, un sandwich dans l'autre et un manga dans la troisième, j'ai lu du David Gemmel. Rest in peace, guy, indeed you died. Comme tout amateur respectable de la gentille et intelligente (et propre) science-fiction, je méprise violemment la fantasy, qui est bête et maculée de boue.
Allez, je suis un peu réducteur. Tout comme la SF, la fantasy est protéiforme. Low-fantasy, high-fantasy, medium fantasy, small ou encore large, elle peut revêtir plein de tailles de t-shirt différentes. Gemell aurait plutôt la réputation de faire de la bold. Curieusement, et pour résumer mon propos un peu confus, Waylander m'est apparu certes simplistes et ficelé à la poissonnière, mais pourtant moins débile que prévu.
Waylander est un assassin très balèze mais il est devenu amoral simplement parce qu'on a buté sa femme et ses gosses dans le passé. C'est quand même pas sa faute ! Au début du roman, il sauve d'une morte certaine un prêtre medium nommé Dardalion., et l'on découvre qu'on est dans un monde de fantasy. Même si l'on a pas de carte pour se situer (en tout cas dans l'édition de poche que j'ai lue), on devine territoire classique : forêts, montagnes, cités, royaumes qui se combattent, plaines couvertes de paysans débiles qui se font massacrer par les diverses factions armées. Et un peu de magie, bien sûr.
La fameuse double arbalète de Waylander.
De manière très classique (cf. Le Seigneur des anneaux, tout bêtement), Gemmell alterne les points de vue au fil de chapitres calibrés, et notamment entremêle une intrigue à grande échelle, épique et militaire, à une autre à petite échelle, intime avec quête d'artefact, qui concerne le personnage principal et ses quelques acolytes. Aucune révolution de ce côté-là donc, mais une certaine maîtrise et un emploi efficace des ellipses pour faire avancer le récit : Gemmell ne s'embarrasse jamais des étapes, ne perd pas de temps en descriptions et contemplations. À la fin d'une scène, il saute une ligne et passe directement à la suivante.
Au final, et je dois dire en être très surpris, c'est l'aspect intellectuel qui m'a le plus convaincu. Tout simplement parce qu'il y a une vraie idée centrale dans Waylander : c'est celle de l'incertitude face à la prétendue nécessité du manichéisme. Le doute entre le besoin inéluctable d'agir et l'obligation morale de ne rien faire ou de rester neutre. On ne compte plus les personnages "mauvais" qui font leur BA pour des raisons purement arbitraires, à commencer par l'acte fondateur de la saga qui est le sauvetage de Dardalion par l'assassin. Ce trait de finesse dans le discours a rendu ma lecture plutôt agréable, et l'on peut reconnaître une certaine vivacité à l'ensemble. Bon, j'irai peut-être pas jusqu'à lire les suites non plus.