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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Un cèpe de Sion (Inception – Christopher Nolan, 2010)

 

Technique ♦♦♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

 

 

 

Pourtant, juré, je m'étais calmé au sujet de Christopher Nolan. Il y a quelques années, je proférais lors de soirées alcoolisées que ce jeune cinéaste deviendrait un des grands réalisateurs américains, voire même qu'il était le nouveau Kubrick. Je me suis lourdement trompé sur ce dernier point, j'y reviendrai, mais il est certain par contre que les mauvaises langues qui ne voient en Nolan qu'un faiseur me laissent béat d'incompréhension. En train de se forger une filmographie impressionnante, il vient de signer avec Inception son film le plus abouti et personnel à la fois. Cela méritait bien une séance de cinéma à neuf euros, tout de même !

 

Di Caprio ne tourne pas seulement avec Scorcese : là, dans un décor de SF purement speculative fiction, c'est à dire un futur immédiat ou même un présent ignoré, il exerce le métier délicat "d'attrape-rêve", une sorte d'espion industriel du subconscient. En clair, secondé par une équipe où chacun a un rôle bien précis à jouer (un peu comme dans Oceans Eleven), il intercepte un "sujet" et l'endort au moyen d'un sédatif, avant de faire de même pour lui et ses acolytes, mais en prenant soin de "relier" les esprits entre eux grâce à une machine singulière qui n'est pas sans rappeler les "pods" du Existenz de Cronenberg. Ainsi, toute l'équipe partage le rêve du sujet, allant même jusqu'à le fabriquer et le structurer, le but étant de sonder son inconscient pour aller y pêcher une information, souvent pour le compte de grosses multinationales. Oui mais voilà, son nouveau job prend une tournure particulière : un Chinois lui demande de réaliser une "inception", c'est à dire de semer – au lieu de voler – une idée dans l'esprit de la personne choisie (en l'occurrence l'héritier d'un empire financier, joué par l'excellent Cilian Murphy). Une tâche d'autant plus ardue que Di Caprio, dans ses missions introspectives, doit lutter contre le souvenir de sa femme, Marion Cotillard, morte quelques années plus tôt. Il accepte néanmoins et prépare la plus complexe intrusion subconsciente qu'on n'ait jamais vue, car sa rétribution sera rien moins que la possibilité de retrouver ses deux enfants, qu'il n'a plus revus depuis qu'on l'a soupçonné du meurtre de sa femme.

 

Le pitch est déjà d'une belle singularité, car si la thématique de la remise en cause du réel par rapport au monde du rêve est un brin éculée (c'est finalement ni plus ni moins que du Philip K. Dick ; d'ailleurs si le Maître vivait encore, Inception deviendrait instantanément son film préféré, c'est une évidence), on n'a jamais vu un tel degré de complexité et de finesse dans le scénario, même chez les "parrains" emblématiques de ce film, immédiatement reconnaissables, que sont par exemple Matrix, Existenz ou Eternal Sunshine of the spotless Mind. Finesse du scénario disais-je, car ce dernier est tout entier construit pour permettre la performance hallucinante de réalisation qui va suivre. C'est assez rare pour être noté : le scénario est au service de la réalisation, et non l'inverse. Pour autant, l'obsession nolanesque est présente, et elle est maintenant, après plusieurs films, clairement identifiable : il s'agit du traumatisme subconscient qui cherche à se concrétiser à la surface, contre lequel on lutte, mais qui finit par faire autant partie de la réalité que la réalité elle-même. On peut reprendre sa filmo à rebrousse-poil, c'est un motif présent dans tous ses films : Insomnia (un flic est soupçonné d'avoir tiré sur son coéquipier et se sent plus merdeux que le tueur en série qu'il pourchasse), Memento (un trauma initial conduit un homme à se venger malgré ses pertes de mémoire perpétuelles), les deux Batman (avec bien sûr le trauma inaugural du meurtre des parents de la chauve-souris), Le Prestige (un magicien dissimule un secret intime qui lui permet de réaliser un numéro spectaculaire). Implacable, le scénario est rodé sur un mode déjà aperçu (notamment dans Batman begins), avec cette façon de perdre complètement le spectateur au départ, puis de lui laisser tranquillement replacer les pièces du puzzle tout en ménageant le mystère, et procurer un certitude de compréhension totale à la fin : quoiqu'un peu mécanique, c'est très bien fait, de façon très précise.

 

 

 

À l'intérieur de son rêve, Di Caprio s'octroie des attributs exagérés. 

 

Il est indéniable également que Nolan affiche un véritable style visuel, une unité plastique constante, surtout depuis le premier Batman. Plus que le successeur de Kubrick – capable de créer une esthétique nouvelle à chaque film – que je voulais voir auparavant, il serait plutôt un anti-Gilliam, aussi froid, implacable et millimétrique que le Monty Python est foutraque, bordélique et coloré. On parlait des pods de Cronenberg (dans Existenz) précédemment : il est très amusant de comparer ces machines organiques, mouvantes, rosâtres, à la semblable (dans son utilité) malette sédative froide et fonctionnelle de Nolan ; c'est tout à fait ça, le style Nolan : de la structure fonctionnelle de grand immeuble, de ces buildings qu'il se plaît d'ailleurs à filmer (et Di Caprio ne dit-il pas à un moment donné : "C'est le genre de maison que j'aime au fond de moi"). Quelque part, c'est là que je m'arrête en chemin personnellement, car Nolan chérit visiblement le genre du thriller psychologique qui n'est que modérément ma tasse de thé. Inception présente pourtant des strates fort bien indentifiées visuellement, par exemple au tout début dans la pagode avec cette utilisation somptueuse de la table pour refléter les lampions environnants. Au début toujours, lorsqu'on navigue rapidement entre différentes villes, les prises de vue sont également très jolies, et par la suite à l'intérieur des rêves, on a des repères atmosphériques réussis qui permettent de différencier les différents "étages" de la mission centrale (nous reviendrons là-dessus). Il me manque un petit quelque chose néanmoins pour affirmer que ses films sont beaux. On est loin, par exemple, de la maestria d'un Sam Mendès (American Beauty, Jarhead), et ce n'est pas tant dû aux options de colorisation que, à mon avis, à une science du cadrage suffisamment aboutie chez Nolan. Comme nous le verrons ensuite, Nolan est un monteur, pas un cadreur. Du coup, tout n'est pas franchement élégant, et je pense surtout aux scènes d'actions et au problème principal de Inception : les dialogues. Les tunnels de champ/contrechamp sont franchement trop fréquents, et déjà que les échanges sont trop longs, aucune gourmandise ne vient dynamiser ces tunnels, par, je ne sais pas, des changements d'axes, de luminosité, l'irruption d'une mise en scène en arrière-plan. Vraiment, c'est le gros défaut de ce film, et il se cristallise autour de Di Caprio, qui n'est pas mauvais, mais qui pour des raisons commerciales compréhensibles focalise l'attention sur lui et "assagit" du coup l'échelle de plans qui va rester souvent, et bêtement, réduite à des gros plans faciaux incessants.

 

Passons outre, car si Inception est un film exceptionnel, c'est au niveau de son montage. On aura compris que l'intérêt du film est de faire altérer scènes réelles et scènes "dans le rêve" de façon à perdre à la fois certains personnages et le spectateur. Eh bien Nolan fait le choix décisif de ne proposer aucun fondu, aucune facilité de transition : tous, absolument tous les plans, se terminent par un cut, et c'est pareil pour les scènes elles-mêmes. La sensation d'échappée est alors totale, car après avoir été surpris une fois, deux fois, on ne sait plus jamais à quel niveau de réalité nous nous trouvons. Du moins, nous ne le savons pas sur l'instant, mais la mise en scène et le montage vont contribuer à nous renseigner a posteriori sur les passages que nous venons de voir. Ainsi, sans cesse sur un fil, le spectateur jongle avec les informations et le rythme millimétrique du film, cette science du découpage à la seconde près, permet de rester sur ce fil et n'être ni trop largué, ni trop renseigné. À ce niveau, c'est du grand art. Et ce n'est pas terminé ! Figurez-vous que lors de la mission principale, pour permettre à l'équipe de descendre le plus "bas" possible dans le subconscient de la victime, les protagonistes doivent simuler un méta-rêve : concrètement, une fois dans le premier rêve, ils vont se munir d'une nouvelle mallette de sédatifs pour s'endormir à nouveau et faire "un rêve dans le rêve", et l'on va même assister à un troisième puis un quatrième niveau toujours plus profonds.

 

La chose la plus surprenante, et c'est vraiment l'idée qui fait de ce film une merveille, c'est que l'action continue de se dérouler – à une échelle temporelle différente néanmoins – à chaque "étage" de rêve parallèlement et simultanément. Ainsi, pendant le dernier quart du film, on atteint un montage alterné de quatre ensembles diégétiques distincts ! Quand on pense que certains ne sont pas foutus d'élaborer avec précision un montage alterné simple, alors songez un peu le degré de calcul nécessaire à un tel découpage, uniquement en cut et sans aucune fausse note. La musique aide beaucoup et structure l'ensemble – même depuis le début du film – et le montage sonore, également très fin, soutient cet exercice de style hallucinant. Jusqu'au dernier plan, un peu attendu mais très beau, pas la moindre faute de goût. Bon, si l'on excepte du moins, comme on l'a vu, ces dialogues trop longs, et idem pour quelques scènes de fusillades qui concèdent au public un peu d'action – on aurait pu trouver autre chose pour mettre les personnages en situation de danger, à mon sens, mais bon... Même les effets spéciaux, qui me laissent, vous le savez, très froid, se révèlent impressionnants à un moment donné dans un passage tout en pesanteur qui en devient magnifique en plus de faire sens. Gardons-nous donc, bordel, de mépriser ce cinéaste qui produit lui-même ses films, jouit donc d'une grande liberté, et semble se spécialiser dans la SF, ce qui fait de lui un cas pratiquement unique au monde (si l'on excepte Michael Bay et Rolland Emerich...). Nolan, reviens vite.

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O
<br /> Ca y est !<br /> Oui, ca y est, je viens de prendre ma claque, comme me l’annonçait le bandeau publicitaire du DVD : une claque comme on en prend une fois tout les 10 ans (non, non c'est pas ça qui m'a fait voir le<br /> film).<br /> Et je peux, enfin, poster un commentaire à cet article, que je viens de (re)lire par là même.<br /> Je ne rentrerai pas dans les détails (j’espère cependant avoir le loisir de le faire de vive voix :), pour l'heure je dirai juste que ton massacre est une nouvelle fois d'une précision<br /> chirurgicale.<br /> Je me rappelle de ces soirées où tu encensais Nolan.<br /> Même si ce n'est pas le digne descendant d'un Kubrick (la bande son d'Inception est plate et vite oubliable, mis à part le rappel sur une chanson de Piaf), c'est peut être un futur grand (il l'est<br /> déjà ?).<br /> Très bon film, une sacrée claque tiens !<br /> <br /> <br />
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N
<br /> oh je veux aller le voir !<br /> <br /> <br />
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