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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Mécaniques (Partie II : animations) (La Planète sauvage – René Laloux, 1973 ; Les Mondes fantastiques de René Laloux – Fabrice Blin [dir.], 2004)

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

En un temps où animation rimait avec, et seulement avec, Disney. En un temps où la science-fiction française n'envahissait plus la pellicule depuis Méliès et le siècle précédent. Vint René Laloux. Cinéaste spécialisé dans le dessin animé – qui comme chacun sait ne sont pas de vrais films et sont réservés au public décérébré de la petite enfance – Laloux allait réussir plusieurs tours de force, à partir des années 1960 : diriger le premier court-métrage d'animation réalisé par des malades psychiatriques (Les Dents du Singe, belle et étrange réussite) ; se faire ensuite remarquer de la critique en proposant une petite fable SF délicieuse (Les Escargots) ; parvenir enfin, au prix de longues années de labeur, à terminer La Planète sauvage, un long-métrage d'animation aux antipodes des canons Disney (!), qui connut un joli succès au festival de Cannes 1973, faisant un pied-de-nez au géant Mickey (!!) et qui se permit en plus d'adapter un roman de SF français de Stefan Wul (!!!) et d'avoir pour directeur artistique Roland Topor (!!!!), un des grands dessinateurs de l'époque, un proche de la bande Hara-Kiri et consorts que l'on a déjà évoqués sur ce blog.

 

La Planète sauvage est une véritable énigme du film d'animation. Certes, il y avait des antécédents : Paul Grimault, avec La Bergère et le Ramoneur, avait déjà jeté les bases de ce qui allait devenir Le Roi et l'Oiseau, chef d'oeuvre total, mais qui n'allait finalement voir le jour qu'en 1980, sept ans après le film de Laloux. Considérons ainsi, et tant pis si je m'emporte, que La Planète sauvage fut la première grande oeuvre du cinéma d'animation français, du moins en long-métrage. Plus beau que n'importe quel Disney de n'importe quelle époque, La Planète sauvage doit sa singularité plastique au travail de Topor d'une part, mais aussi à la technique d'animation employée par Laloux : petit point technique. De nos jours, la plupart des films d'animation sont en images de synthèse, mais auparavant, la technique la plus couramment employée (notamment par Disney, mais aussi par les cartoons et Tex Avery) consistait à peindre des personnages sur du celluloïd transparent qui était ensuite disposé sur des décors fixes. Si un élément du décor bougeait ou se modifiait, il fallait le peindre également sur un celluloïd : c'est ce qui donne l'impression, par exemple, que l'on devine à l'avance quelle partie du décor va "bouger" avant même que ça n'arrive, grâce à une différence dans la texture. C'est que la peinture sur celluloïd suppose de grands à-plats de couleur, ce qui leur donne cet aspect souvent fade visuellement, mais par contre très fluide au niveau du mouvement. La technique de Laloux, c'est l'inverse : c'est celle, dans un premier temps (pour Les Escargots par exemple), du papier découpé articulé. Concrètement, on dessine un décor, puis un personnage, on découpe les parties du corps mobiles de ce dernier puis on fait évoluer ses mouvements, image par image, en les déplaçant comme sur une marionnette (c'est d'ailleurs sur cette technique qu'est basé le stop-motion d'un film comme L'Étrange Noël de Mr Jack). Si vous suivez bien, cela permet de faire des dessins extrêmement précis, travaillés, un graphisme riche, et d'éviter les disparités de forme entre le décor et les éléments mobiles, qui sont dessinés de la même façon. Par contre, ces éléments mobiles bougent de manière un peu rigide, les personnages ressemblent à des pantins, bref : le mouvement n'est pas réaliste. Dans La Planète sauvage, Laloux reprend la technique du papier découpé mais contourne le problème en utilisant une animation dite "en phase" au lieu de "articulée". La différence, c'est que les mouvements des éléments mobiles sont cette fois-ci dessinés image par image et fixés ensuite sur le décor. Pour être plus clair, au lieu de photographier 24 fois pour une seconde (car vous savez tous que le cinéma, c'est 24 images/seconde) un même personnage dont on modifie les articulations, on dessine 24 fois ce personnage dans des positions différentes. Le processus est évidemment très long (il faudra 5 ans pour achever La Planète sauvage) et donc nécessairement coûteux (Laloux avait d'ailleurs délocalisé le travail en Tchécoslovaquie), mais graphiquement sublime, surtout quand un Topor est à l'origine de la création visuelle.

 

Je viens donc de me vautrer dans un truc très mal, parler d'un film dont on connaît "plus que le film", c'est-à-dire tout l'environnement qui a entouré sa fabrication, alors que, je ne cesse de le dire, il faut se concentrer sur ce que l'on voit et entend, et uniquement sur cela. Donc, La Planète sauvage : sur une planète mystérieuse, à la végétation étrange et le faune pareil, un peuple de types bleus avec des oreilles en forme de coquillages, les Draags, élève en captivité de petits êtres humains (ou alors ce sont eux qui sont très grands) qu'ils considèrent comme des animaux de compagnie. L'un de ces "hommes de luxe", recueilli par une jeune fille Draag, accède par hasard à la connaissance grâce aux leçons scolaires de la petite. Il apprend quantité d'informations intéressantes sur le monde dans lequel il vit. Un jour, il s'échappe pour rejoindre les hommes sauvages et fomente une rébellion avec eux.




À ce moment du film, les humains et les gros monstres semblent sur la voie de la coopération.

 

Le choix d'adapter un roman de Stefan Wul n'était peut-être pas l'idéal pour faire un film de SF ambitieux : le propos, vous l'avez lu, est sympatoche (la rébellion comme progrès, ne pas se laisser manipuler, etc.), mais l'histoire n'est pas renversante. D'ailleurs, on le comprend très vite, l'intérêt n'est pas là : l'essentiel était la représentation esthétique du monde des Draags, un environnement totalement neuf dans lequel Topor allait pouvoir se permettre toutes les excentricités visuelles. D'ailleurs, tout est beau, fabuleusement beau, et je vous ai déjà expliqué quelles raisons techniques permettent de l'expliquer. Le "design", appelons-le ainsi (mais que c'est laid) des Draags par exemple, est fabuleux. Pas seulement les formes et couleurs, mais aussi leur attitude, leur fragile majesté lorsqu'ils évoluent au milieu des décors sinueux (somptueux également). La faune et la flore totalement inventés, ne sont pas en reste, et constituent quasiment l'excuse, la raison du film, en somme. Combien de plans, voire de scènes, parfaitement inutiles (pour un métrage tout juste long, d'à peine 1h05 tout de même) qui ne servent qu'à montrer des animaux ou des végétaux faire des trucs bizarres ? Paradoxalement, c'est une force de ce film, non une faiblesse. L'animation, on l'a expliqué, n'est pas d'une fluidité exemplaire, et la mise en scène ralentit encore l'action, la gèle très souvent, dans le but d'exposer cet arrière-plan. Pour autant, si le montage est contemplatif, il n'en reste pas moins dynamique, aidé en cela par une musique toute de riff rock et d'ambiances électroniques du plus bel effet (et utiliser des sonorités de ce genre en 1973, c'est sacrément précurseur). Si ce film a une faiblesse, c'est dans le manque de liant de son scénario, qui provoque un montage très haché entre chaque scène : c'est simple, je pense qu'il n'y a pas un seul enchaînement qui ne soit pas un fondu au noir ou enchaîné. Du coup, on la sensation d'assister à un spectacle un peu mécanique, une succession de saynettes ou de vignettes qui tentent maladroitement de tendre un fil rouge entre exposition et conclusion. Ce n'est pas dramatique, car, on l'a dit, on est gorgé d'une incroyable maestria visuelle qui supplante toute autre demande, d'autant que les choix de cadrage et d'échelles de plans opérés par Laloux sont souvent judicieux, provoquant de fortes émotions. Certaines scènes sont à couper le souffle, je pense notamment à celle du "combat de coq" entre humains apprivoisés par différents petits Draags : ces gosses Draags en contre-plongée, durcis par la guitare électrique, le regard rouge et le mouvement lapidaires, puis soudain leurs petites voix douces (le doublage est par ailleurs très réussi) : c'est tout simplement terrifiant de cruauté, et de contre-appel à notre réalité quotidienne.




Comment ai-je pu me plonger dans ce film, et dans toute la filmographie de Laloux ? Eh bien parce qu'il existe un magnifique coffret que j'ai offert à me douce il y a un an, et que ce coffret contient quasiment toute l'oeuvre du bonhomme. Une oeuvre à redécouvrir, franchement, car c'est tout simplement ce que la France a jamais fait de mieux en cinéma de science-fiction. Pourquoi m'y suis-je soudainement replongé ? Parce que j'ai déniché cet étrange bouquin dans un bac à déchets de Virgin, un livre entièrement consacré à Laloux. Des interviews en pagaille, notamment avec le maître, mais aussi avec Moebius, Topor, Caza, les producteurs de l'époque, des animateurs, j'en passe. Bouquin passionnant dont le propos dépasse de beaucoup la carrière de Laloux pour aborder le sujet du film d'animation "artisanal" dans son ensemble, de la résistance à Disney à cette époque, comment elle a pu s'organiser et ce qu'elle a donné, notamment du point-de-vue technique qui est très éclairant. Richement illustré, l'ouvrage souffre par contre d'une énorme erreur de fabrication au milieu (un cahier monté avant un autre, jamais vu ça !) et doit être assez difficile à trouver, mais semble dénichable sur le net, néanmoins.
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F
<br /> nat je te le prête si tu veux...<br /> <br /> <br />
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N
<br /> cool, j'avais jamais entendue parler ce film d'animation, faut que je le voie !<br /> <br /> <br />
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