" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
Trois films en un jour, ça peut mettre à mal les impressions ressenties sur chacun d'entre eux au fur et à mesure des images emmagasinées. Un étalonnage se créer, des comparaisons naissent, c'est fatal. C'est ce que nous avons vécu hier ; en voici le compte-rendu drastique, caractérisé par la précision qui nous est chère.
12h28 : après avoir bouffé des sandwiches au fromage suite au projet avorté d'une après-midi de canyoning, pour cause d'intempéries, ma douce et moi-même décidons de nous rendre au cinéma du quartier l'après-midi-même. Objets visés : le dernier Almodovar, la potacherie SF Cowboys & Envahisseurs, ou bien la préquelle de la Planète des singes. Aviserons sur place.
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Esthétique ♦♦♦♦
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Intellect ♦♦♦♦
15h25 : nous optons pour la Planète des Singes, prétextant une vague passion pour le film d'origine avec Charlton Heston. Plus concrètement, il fait chaud, l'intérieur est climatisé et la séance démarre tout de suite. On va même arriver trop tard pour les pubs, suprême bonheur.
17h40 : je me dis que Planète des singes origine est un film honnête. Le style emprunte à la vague moderne de "SF réaliste" et, même si j'ai bien conscience que l'oeuvre est à des années-lumières de productions plus ambitieuses intellectuellement et artistiquement, du genre Inception, l'exécution s'est révélée correcte. Il est assez clair que l'ambition de ce film n'était pas tant de fournir une explication scénaristique à l'antique série SF des années 1960 que de montrer des animations de singes en numérique parfaitement convaincantes. Vers le milieu du film, on assiste à beaucoup de scènes comprenant uniquement des "acteurs" numériques et primates, et on est forcé de constater que l'immersion fonctionne malgré tout. Il y a même quelques scènes d'action pas mal écrites et bien lisibles (l'attaque du pont notamment) et le personnage principal de César, le premier chimpanzée à développer une intelligence sidérante, est intéressant. On rejoint plus ou moins l'idée du roman de Keyes Des fleurs pour Algernon : l'augmentation de l'intelligence fait émerger une conscience. Un postulat scientifique qui crée un belle évolution du personnage, puisque l'émotionnel, le sentiment – et bien sûr l'amour et la haine manifestée en rébellion – émergent également.
20h15 : après que j'aie redécouvert avec joie un vieux jeu vidéo de mon enfance, Wolfenstein 3D, ma femme m'annonce la diffusion le soir-même du premier Hellboy. Banco.
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22h30 : je me dis que Planète des singes origine n'était pas si bien que ça. Pourtant, Hellboy n'est pas un chef d'oeuvre non plus, loin de là. La mise en scène est beaucoup moins propre par exemple, souvent même inexistante, le développement scénaristique assez bateau ; tout repose sur la gouaille du personnage principal, qui remporte pas mal l'adhésion. Cela reste pourtant une des meilleures adaptations de comics à ce jour, et cela est dû à la "Del Toro touch", qui consiste en un univers visuel foisonnant et très bien équilibré à la fois. Il n'y a jamais de fautes de goût dans les décors, le design des personnages et des monstres. Voilà qui tranche nettement avec la préquelle de Planète des singes : de la pertinence graphique. On l'a dit, le film de Wyatt était "propre", mais il n'emprunte aucune imagerie à la SF, et la SF sans imagerie, eh bien j'aime moins, elle ne provoque le fameux sense of wonder qui constitue une sorte de prérequis à la beauté de l'imaginaire.
22h40 : ma femme (qui se tient très informée) m'apprend que Sin City va être diffusé sur la TNT dans les minutes qui viennent. Je ne peux qu'obtempérer.
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Esthétique ♦♦♦♦
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00:20 : Je me dis que Planète des singes origine c'était vraiment de la merde. Soyons sérieux, les deux autres films n'arrivent pas à la cheville de Sin City. Il est vrai que Robert Rodriguez est un de mes cinéastes préférés (The Faculty quoi !), mais la subjectivité n'explique pas tout. Sin City rassemble le foisonnement d'imagerie inhérent au cinéma de genre et la rigueur technique d'une réalisation expressive et efficace. Dans une fausse bichromie (on verra en fait du jaune ou du rouge en plus du noir et blanc, mais circonscrits à des zones bien précises), on suit la compilation d'intrigues diverses qui se croisent et se recoupent, à la Tarantino (évidemment impliqué dans le projet), dans la ville poisseuse de Sin City, peuplée de flics corrompus, de petites et grosses frappes et de pas mal de putes. On navigue entre diverses focalisations basées sur les personnages principaux (campés par une belle bande tape à l'oeil : Bruce Willis, Mickey Rourke, Jessica Alba, etc.) et les voix-off de chacun d'entre eux sont omniprésentes, les lignes de texte étant fort drôle et très bien écrites (merci, probablement, à Frank Miller, auteur de la BD d'origine, superbe, je vous la recommande). Outre l'univers graphique, c'est l'exagération qui préside à la création d'une ambiance singulière : tranchant avec la gravité des péripéties, les mouvements sont hyperbolés, les balles pleuvent, les personnages survivent improbablement ou se révèlent imperturbables face aux problèmes moraux que pourraient soulever leurs exactions. Du pur plaisir régressif, du tribal moderne, de la sauvagerie raffinée, en somme, la meilleure adaptation de comics de l'histoire, passée et à venir, bien sûr.