" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
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Les lectures-plaisir peuvent refleurir à loisir (vous aurez noté, encore une fois, l'allitération) ! Le Yellow Submarine se boucle, je n'ai pas de bouquin à écrire en ce moment, je ne me suis pas (encore) lancé dans je ne sais quelle croisade scripturale sans fin... C'est l'occasion de lire des trucs, comme ça, hop, pas pour se documenter mais parce qu'on le sent bien. Je n'avais plus lu d'auteur irlandais depuis Joyce, c'est dire le poids qui pesait sur les épaules du frêle Connolly, la responsabilité qui lui incombait quant au prolongement espéré d'une tradition littéraire riche et puissante.
Cela démarre comme un conte : le petit David perd sa maman qui meurt de maladie ; son père ne tarde pas à combler le vide par une autre femme, riche et exaspérante, par ailleurs bientôt enceinte et accouchant d'un demi-frère, à qui David voue une haine immédiate. Pire que tout : la guerre (la seconde et mondiale) cavale, Londres est bombardée (ah ben oui ça se passe à Londres, vous aviez deviné quand même !) mais David parvient à s'enfuir, un beau soir, de la plus imaginaire des façons : grâce à un passage dans le "jardin creux" (Art. 3 du Code de la low fantasy : le personnage principal bascule toujours dans l'univers diégétique fantasmé par le moyen d'un seuil ou d'un tunnel, ou les deux ; Cf. Alice au pays des merveilles) il atteint une forêt magique dans laquelle il va vivre tout plein d'aventures et, fatalement, mûrir pour devenir un homme et mieux accepter les difficultés de la vie. On appellerait ça un conte initiatique que ça m'étonnerait même pas.
J'ai l'impression que le succès de Harry Potter a précipité un retour en force de la low fantasy, ce sous-genre déjà fort ancien (on peut le faire remonter sans problème jusqu'à Lewis Caroll), qui consiste à placer un monde "mimétique" à côté d'un monde "non-mimétique" (ou superposé, ou enclavé) et à faire passer le personnage principal de l'un vers l'autre. Dès l'oeuvre fondatrice (?), Alice au pays des merveilles (où, je le rappelle, la petite Alice était en fait en train de rêver) ce passage du réaliste vers l'imaginaire est généralement assimilé à une visite de la psyché, une exploration de l'inconscient et, par conséquent, à la fameuse "progression initiatique" chère au conte, attaché à faire évoluer un personnage central au milieu d'un environnement qui, lui, reste immobile mais va influencer son élévation vers l'âge adulte (car, souvent, c'est une jeune personne). Les plus belles oeuvres de low fantasy sont, à mon sens, un peu anciennes, et je pense notamment à l'incroyable Little, big de John Crowley (mochement traduit en français par Le Parlement des fées !?) qui date des années 1980. Mais le carton mondial du sorcier binoclard à front rayé, conjugué à un tissu éditorial toujours si productif dès qu'il s'agit de décalquer approximativement la recette d'un succès, a entraîné la publication, dans les années 2000, d'une foule d'ersatz qui m'ont toujours laissé indifférent.
Le Livre des choses perdues fait partie du lot, mais lui je l'ai lu, comme ça, par curiosité ; visiblement, Connolly s'attache à tomber consciencieusement dans chaque cliché qui définit le genre : peurs matérialisées du jeune David, forêt, garde champêtre, château imprenable, roi vieux et manipulé, méchant vicieux, grosse bête puante à détruire pour sauver un village. J'ai fait le compte, tout y est. On sent que la démarche, cette façon de se vautrer dans une facilité immédiate, est délibérée, dans le sens où Connolly y amène un peu plus de violence (le conte prenant progressivement un ton plus "adulte") qu'habituellement. Également, l'utilisation, en fin de récit, d'un second personnage qui avait déjà vécu le basculement du personnage principal, apporte une petite touche de finesse, de même que la présence d'un chevalier homosexuel, l'idée d'une armée de loup-garous... quelques saillies qui apportent une petite impression de surprise. C'est déjà pas mal, mais pas suffisant, parce que le style, d'une exemplaire platitude, ne densifie à aucun moment les quelques bonnes idées, que le ton est essentiellement puéril malgré l'envie de faire du "conte pour adulte", et que l'on s'emmerde, globalement. De dépit, je me suis depuis pris un Murakami ; là au moins, je risque pas de me tromper, et puis c'est japonais.