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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Films de décembre

Ci-après, un petit rattrapage de décembre, le mois ingrat de l'intensité professionnelle. Avec toutes mes excuses pour la brièveté des chroniques, mais une grande fierté pour avoir quand même réussi à pondre quelque chose.

 

 

 

Men in black (1 & 2) (Barry Sonnenfeld, 1997, 2002) : En guise d'introduction à cette mini-étude sur la SF selon Will Smith, voici le premier volet de Men in Black (), sympathique blockbuster science-fictif reposant tout entier sur le postulat de la véracité des théories du complot. Comme prévu, on nous ment, les extra-terrestres existent, mais en plus on les côtoie, et pour couronner le tout une agence gouvernementale gère les résidents aliens et sauve le monde chaque semaine d'invasions barbares. Cette agence, c'est le MIB, les "hommes en noir", symbole littéral de tout ce que l'Américain moyen peut soupçonner qu'on lui cache. De ce décalage naît tout l'humour d'un premier opus assez drôle et réussi, tout autant pastiche que réflexif, puisque le rôle central de l'humanité est sans cesse mis à mal par de petites astuces de mise en scène rabaissant l'homme au rang de portion négligeable, espèce neutre d'un ensemble intergalactique surpeuplé. C'est l'archi-connue scène finale, lors de laquelle notre univers est ramené à la taille d'une bille négligemment empochée, qui symbolise le mieux ce principe de base science-fictif mis à l'honneur. Les "Hommes en noir" sont également, au-delà de leur fonction parodique, des personnages intéressants, littéralement hors de la vie (on efface leurs empreintes, leur passé, etc.), morts-vivants, ombres sans substance dont le principal ennemi est le souvenir. Le second volet () sera nettement moins réussi. La recette est pourtant reprise, mais elle est chargée en gras et en sucre, et la surprise n'est plus là. Ca en devient carrément indigeste lors de la deuxième partie, long combat du duo retrouvé (Smith-Lee Jones ; à noter un jeu d'acteur globalement très mauvais d'ailleurs, dans les deux épisodes) contre un trio de méchants pas franchement inoubliables. Surtout, c'est mal filmé et mal mis en scène, et les effets spéciaux sont très mal intégrés, alors que c'était une réussite du premier.

 

I-Robot (Alex Proyas, 2003)() : Enfin, pour clore la trilogie de Will Smith et la SF, voici un navet des familles, le film qui réussit à adapter Asimov sans en avoir rien pigé. Alors que le recueil de base (Les Robots) constituait un ensemble de variations sur les implications de trois lois (les fameuses trois lois de la robotique, que je rappelle brièvement : 1) Ne pas faire de mal à un être humain ; 2) Toujours obéir à un être humain sauf si cela vient contredire la première loi ; 3) Se protéger soi-même dans la mesure où ça ne contrevient pas aux deux premières lois), avec la conclusion très "théorie du chaos" qu'il n'existe pas de système pur et parfait, voilà que les scénaristes de I-Robot évacuent tout ce qui faisait l'intérêt de la fiction en définissant le comportement anormal du personnage-clé – un robot rebelle – comme un "dysfonctionnement". Exit les trois lois donc, puisque le problème de ce robot est... qu'il ne peut plus y obéir pour une raisons matérielle. Et vlan, le scénario s'écroule avant même d'avoir commencé. En dehors d'une scène potable (dans la grande salle avec tous les robots identiques) rien à retirer de ce métrage sans intérêt, imagerie de SF vide comme une huître après le repas de Noël.

 

West Side Story (Robert Wise, 1960)() : on a aussi vu des beaux films heureusement, et le plus beau fut celui-ci. Habituellement, je n'aime ni les romances ni les comédies musicales, mais WSS fait figure d'exception dans l'un et l'autre cas. Transposition de Roméo et Juliette dans le New York des années 1950-60, sur fond de rivalité entre blousons noirs "natifs" et immigrants porto-ricains, ce parangon de la fiction musicale est simplement l'un des films les plus fabuleux que j'ai vus. Rien que pour la scène d'exposition à la limite : un plan fixe sur une baie de New York balayé par des filtres de couleur qui se succèdent tranquillement ; en fond sonore, on entend des versions courtes et instrumentales des chansons que l'on découvrira ultérieurement, le tout donnant l'idée d'une fresque, une succession d'événements colorés ; tout cela dure quelques minutes (!) avant que le plan fixe soit débarrassé de ses filtres, que le cadre bouge, que l'on pénètre enfin un peu dans New York. On reste malgré tout toujours éloigné du sol, l'altitude se marie avec le morceau inaugural qui démarre dans un mixage très doux, et la caméra commence à se balader latéralement, en plongée totale, au-dessus des toits de la ville, en plusieurs plans glissés (passage mythique !) alors que l'on entend les premiers claquements de doigts. Plus ces derniers augmentent en intensité, plus on les perçoit comme un élément dissonant du décor (car l'on est très haut et on "ne peut pas" entendre de claquement de doigt), plus on se rapproche, plus l'on resserre vers eux ; enfin, raccord avec la musique, trois plans (et trois claquements de doigt) achèvent de nous projeter vers la scène spécifique du spectacle : des terrains de jeux, un terrain de basket, un groupe de jeunes garçons (ceux qui claquent des doigts). Voilà, nous venons de faire connaissance avec le gang des Jets et avec leur ville. Le restant du métrage sera à l'avenant, explosion de pastels sur fonds sombres, mises en scène tour à tour brillantes et délicates, acteurs sublimes. Le classique a parfois un sens.

 

La Classe américaine (Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette, 1993)() : rien à voir, et tout aussi bon, ce film – que je considère comme le meilleur film français que j'ai jamais vu – est peut-être celui qui parle aussi le mieux de l'Amérique. Vous connaissez sans doute l'histoire : des cinéastes malins de l'équipe Canal +, secondés par Les Nuls (entre autres), ont l'opportunité de piocher dans le catalogue de la Warner pour détourner les dialogues des grands classiques étasuniens. En coupant, collant, remontant, doublant, fabriquant une intrigue improbable basée sur le Citizen Kane d'Orson Welles (la scène-clé du film voit d'ailleurs Welles lui-même se plaindre des scénaristes, et les images de ce passages sont tirées... de F for Fake, un docu-fiction de Welles sur le plagiat, le faux et le détournement !), ils mettent en scène l'enquête journalistique (menée par Peter et Steven, allias Dustin Hoffmann et Robert Redford) qui suit la mort de Georges Habitebol (John Wayne), "l'homme le plus classe du monde". Fabuleuse parodie drôle à crever, Le Grand détournement (comme on l'appelle aussi) est aussi une grande parabole morale (il est question de politique sans arrêt), rejoignant le meilleur de la satire caricaturiste française, et une oeuvre totalement subordonnée à la fiction contemporaine, celle qui atteste de la récupération, du détournement, comme une forme d'art authentique, à la façon d'un Perec ou d'un Queneau. Très finement écrit, techniquement transparent comme une encre sympathique, La Classe américaine concilie à merveille le classicisme américain (fantasme inavouable et inatteignable de l'art français depuis les années 1950) et l'exception culturelle française au milieu d'un festival d'humour.

 

Les 4 Fantastiques (Tim Story, 2005)(♦♦) : et voilà une sympathique et énième adaptation de Marvel. Le scénario est malin, dans le sens où il laisse une très large part à la formation et au développement des héros, où il intègre l'excuse science-fictive sans gros heurt, et où leurs exploits sont relégués au second plan pour privilégier la gestion psychologique de leurs pouvoirs. Assez paradoxal pour du Marvel, mais enfin... Pour le reste, rien d'exceptionnel dans la mise en scène ni dans l'esthétique.

 

Mon beau-père, mes parents et moi (Jay Roach, 2004)(♦♦) : pareil que le premier (je rappelle le principe : Ben Stiller le gentil infirmier aime la fille de De Niro, un retraité de la CIA qui n'entend pas laisser échapper le fruit de ses entrailles sans utiliser ses bons vieux réflexes d'agent), mais en poussant la logique encore plus loin, adjoignant au personnage principal une paire de parents provocateurs (une sexologue, un père au foyer, Barbara Straisand et Dustin Hoffmann dis donc !) qui vont dessiner une opposition encore plus farouche entre l'Amérique réactionnaire et la contre-culture soixante-huitarde. En filigrane, c'est l'essence-même de l'opposition la plus radicale qui soit : celle qui sépare liberté et enclave, expression et dissimulation, hippie et CIA. Le film est rigolo, donne autant dans le burlesque et le quiproquo que dans les numéros d'acteurs : vu le casting proposé, c'était inévitable, quoiqu'un peu trop fréquent.

 

Le Roi et l'Oiseau (Paul Grimault, 1980)() : encore un très beau film, décidément le mois des fêtes est propice à attiser nos envies les plus gracieuses. Un film touché par la grace, ça lui va très bien : inspiré par le conte d'Andersen "La Bergère et le Ramoneur", Le Roi et l'Oiseau c'est une heure de poésie visuelle grâce aux décors splendides de l'équipe de Grimault, quelques animations immortelles, comme celles du Roi et de l'Oiseau, d'autres moins heureuses, avec quelques passages franchement laids, d'autres splendides. La partie sonore retiendra encore plus notre attention, tant pour les musiques de Joseph Kosma que pour les dialogues remarquablement joués de l'ami Jacques Prévert. Également auteur du scénario, paré des accents inévitables d'une morale un peu démonstrative, Prévert marque de son empreinte certaines lignes de textes devenues presque patrimoniales, comme l'exposition présentée par l'Oiseau ou le monologue de l'ascenseur du Roi. Un peu inégal à le regarder attentivement, Le Roi et l'Oiseau jouit néanmoins d'une dimension émotionnelle (pour faire plaisir au collègue Olivier) qui échappe à l'analyse, que l'on peut résumer peut-être à cette scène "inutile" lors de laquelle un petit personnage en forme d'accordéon va danser tel une ballerine pour notre simple plaisir.

 

Le Nom de la Rose (JJ Annaud, 1986)() : le dernier en date, revu pas plus tard que ce matin. XIVe siècle, une série de crimes perpétrés dans une abbaye italienne éveille l'attention d'un moine franciscain, Guillaume de Baskerville (rien à voir avec le chien) et de son jeune novice ; Sean Connery, car c'est lui, se pique au jeu de l'enquête et met au jour les implications morales et philosophiques d'une intrigue sordide. Du roman fabuleux de Umberto Eco, il ne reste guère que la brillante idée de base, correctement traitée par Annaud, qui n'oublie heureusement pas de mettre au centre du propos la dimension philosophique de ce polar historique : le travestissement peut dissimuler un puissant instrument de vérité, et la vérité est libératrice. Voilà tout ce qui se joue, au-delà des énigmes, des labyrinthes et des manuscrits : une vision humaniste de l'existence et de la spiritualité, encrée dans l'esprit de ce héros magnifique qu'est Guillaume, présenté comme le bourgeon d'un courant de pensée qui n'allait s'épanouir qu'un bon siècle plus tard – sciences et curiosité au service du religieux. Très inégal au niveau de la mise en scène, avec quelques beaux passages et d'autres beaucoup plus épileptiques et saccadés, s'attachant surtout (comme d'habitude avec Annaud) à mettre en avant toutes les formes "d'immoralité" (nudité, scène de sexe, morbidité des crimes suintants, visages difformes), le film réussit parfois à trouver un juste équilibre entre provoc et beauté. Pour exemple, le personnage de Salvatore, magistralement campé par Ron Perlman. De ce cinéaste crispant car obnubilé par la provocation stérile, c'est ce que j'ai pu voir de plus réussi, et en tout cas respectueux du chef d'oeuvre d'origine – inimitable évidemment.

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N
<br /> Qu'ouïs-je ?<br /> "Le Roi et l'Oiseau jouit néanmoins d'une dimension émotionnelle qui échappe à l'analyse"<br /> <br /> Alors ça c'est beau, mais je ne pensais pas le lire un jour sur ce blog !<br /> <br /> <br />
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