" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Si on devait lire un jour une BD à la fois pour y retrouver un esprit d'aventure, une bonne dose d'humour, un penchant pour le beau verbe et un trait à la fois rond et soigné, nul doute que nous pourrions ouvrir cette œuvre romanesque et rocambolesque qu'est De Cape et de Croc sans être déçus.
L'action se situe au XVIIème, à Venise, où deux compères, un loup (Don Lope de Villalobos y Sangrin) et un renard (Armand Reynal de Maupertuis) cherchent désespérément de quoi renflouer leurs bourses, ayant été rejetés de la cour du roi pour avoir occis un bourgeois. Sitôt les recherches commencées, ils sont abordés par un riche noble qui dit avoir perdu son fils, enlevé par des turcs. Ne faisant ni une ni deux, les deux héros partent à la rescousse du jeune homme, prisonnier dans une chébèque (c'est un petit bateau turc, nous apprend Armand) en bordure du port. Une fois sur le bateau, ils découvrent non pas le fils tant recherché mais une carte au trésor, menant tout droit aux îles Tangerines. C'est là que commencent pour nos deux compagnons une longue et périlleuse (et palpitante !) chasse au trésor, croisant au fil de leur aventure bohémienne princesse en détresse, lapin vengeur, hollandais volant et poulpe géant.
Voir deux héros d'une aventure prendre la forme de deux animaux qui côtoient des hommes, c'est tout à la fois drôle et passionnant, surtout quand ceux-ci sont fin bretteur comme d'Artagnan, poète et beau parleur comme les personnages de Lafontaine ou Molière. Tout est dans la rhétorique de l'époque, qui prête souvent à sourire, surtout lorsque notre ami renard déclame ses vers tout en se la jouant fine lame. On aime à les voir parler, à nous montrer sans cesse leur amitié l'un envers l'autre (et pourtant les relations loup/renard n'ont pas toujours été faciles, surtout dans la littérature) et leur talent dans le maniement de la lame. Ils paraissent comme les grands héros qu'ont été Cyrano (Armand lui ressemble beaucoup) et les Trois Mousquetaires. Vous l'avez compris, on nage dans le récit de cape et d'épée, sauf que la présence de l'animalité rend ces personnages encore plus attachants que des hommes. En effet, comment ne pas être attendri par leurs moues dépitées ou leurs regards tristes quand l'action le demande ?
L'humour est également très présent dans cette histoire, et à l'image du théâtre de Molière, on retrouve à la fois le comique de geste (les adversaires sont souvent mis à mal de façon grotesque), de mot (dont Armand est avide) et de situation (les héros se retrouvant toujours au beau milieu d'une armée de pirates sans savoir comment ils en sont arrivés là). N'oublions pas le fer de lance de cet humour, qui est, à mon sens, le lapin Eusèbe, rencontré dans une galère, et qui, en remerciement de leur aide, suit nos deux amis. Jamais à cours d'idée, toujours dans de sales draps, il appelle constamment au rire, en se faisant passer pour un rat (avec une carotte en guise de museau pointu) ou bien encore en demandant à ses compagnons touchés par la famine de le manger pour qu'ils survivent.
L'action est loin d'être laissée pour compte, nos deux héros croisant sans cesse le fer au cours de l'histoire. Cette quête du trésor leur fera rencontrer pirates, ottomans, cannibales et créatures marines, tour à tour dans des situations désespérées et intrigantes, qui les mèneront sur l'île tant espérée.
Notons pour conclure que cette série en est pour l'instant au tome 8, et n'est pas encore terminé.
Si vous aimez l'action ponctuée d'humour ainsi que les récits d'aventure à la Stevenson, n'hésitez pas...