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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
J'ai cinq minutes avant de m'endormir (c'est que, entre mon boulot de vendeur de produits culturels, mon livre à écrire, le Yellow Submarine à boucler, et je ne vous parle pas de tous les machins esclavagistes que me font faire les Moutons électriques) pour vous parler de L'Exorciste, revu l'autre soir. Ce sera court, et ça fera peur. Attention.
Comme c'est écrit dans l'encadré de l'image ci-dessus, L'Exorciste est le film le plus effrayant de tous les temps. Du moins, le film du sympatoche William Friedkin en a la réputation. Cette réputation, c'est, à la limite, ce qui pouvait arriver de mieux à ce film, car du coup — vous là, au fond, qui ne l'avez pas vu par exemple, vous allez être très surpris lorsqu'enfin vous le découvrirez. D'abord, cette première partie exotique (en Irak je crois) et étrange, qui ressemble à l'exposition d'un Indiana Jones classieux. En toile de fond, une histoire de démon ou de Diable. Puis, enfin, cette projection dans une banlieue américaine quelconque, avec des briques rouges. Une actrice (Ellen Burstyn, qui jouera plus tard incroyablement dans Requiem for a dream) voit sa fille de 12 ans devenir perturbée puis carrément agressive, sans que rien ne l'ait laissé présager. Progressivement, l'on va découvrir en sa compagnie que ce comportement anormal va peut-être au-delà de la psychiatrie, et la maman décide, sur injonction des médecins impuissants, de faire appel à un prêtre (très bon Jason Miller) pour pratiquer un exorcisme.
Voilà, en substance, ce qui se passe. Mais on s'en fout complètement, car j'ai lu sur une affiche dans le métro un machin qui m'énerve : pour faire la promo du film réalisé par Eric Emmanuel-Schmitt à partir d'un de ses propres romans (Oscar et la dame rose, lu dans tous les collèges du monde), bon déjà ça a l'ai merdique, mais en plus, citation du Figaro Magazine : "Une leçon de vie." Je le répète pour que vous compreniez bien : "Une leçon de vie". La formule est lâchée. Jésus, garde-nous. J'aimerais qu'une fois dans ma vie, une seule fois, un journaliste ciné du Figaro ou encore de Télérama ou Obs, que l'un d'entre eux dis-je, vienne se planter devant moi avec assurance et m'explique ce que ça peut bien vouloir dire, bordel, "une leçon de vie". Non, sérieux, ça veut dire quoi ? Ils la sortent toutes les semaines celle-là, au moins à égalité avec "Un film d'une grande humanité". J'aimerais comprendre. Ces expressions industrielles que l'on nous sort à la chaîne, ça donne une presse française qui ne raconte strictement rien sur le cinéma. Franchement, il n'y a pas un seul magazine français à dire des choses intéressantes sur le cinéma. Je n'inclus pas dans la nasse des micro-revues comme Simulacres, défunte je crois, ou Traffic, et bien entendu je n'accable pas Internet, car il est possible de trouver des sites ou blogs futés sur la Toile. Mais enfin, la vivacité intellectuelle passe tout de même par le papier imprimé, et à ce niveau-là, je dois reconnaître ne rien avoir à me mettre sous la dent. J'aménagerai de micro-exceptions pour Les Cahiers du Cinéma, bien que je ne partage pas du tout leurs goûts en matière de ciné, obsédés qu'ils sont par la sémiotique, puis pour Positif, obsédés de leur côté par la morale des discours scénaristiques (ce que je déteste) et Brazil, si sympathique et plein de bonnes choses mais bien léger dans le propos.
Pour corroborer cette impression, j'enchaîne avec mon histoire de métro : j'arpente les escalators vers le sommet du larynx de métro, je passe devant une grosse chaîne de marchands de journaux et de Marc Levi dont je tairai le nom (ça appartient à Hachette). Une petite pile d'
Ecrans fantastiques retient mon attention. Je n'en lis pas grand chose, non : seulement la première de couverture et l'edito. La couv', c'est une promo pour le
Avatar de James Cameron, film qui sort bientôt et qui m'a tout l'air d'une bouse SF sidérale, alors que vous savez bien
l'affection que j'ai pour le bonhomme. Bref, déjà, pour un magazine censément dédié au cinéma de genre, consacrer un numéro à une sorte de longue pub éhontée, c'est un comble. Mais il y a encore mieux : à la fin de l'edito de trois lignes, tout entier consacré à vanter les mérites d'
Avatar et à nous expliquer que, globalement, tout le numéro va parler de ça, une petite astérisque nous signale qu'une information complémentaire mérite notre attention. Consternation : le rédac' chef nous apprend que, compte tenu de la sortie tardive du film, les journalistes de L'
Ecran fantastique n'ont pu voir qu'une version énormément tronquée du film. Bref, c'est l'aveu clair et généreux qu'un numéro entier d'un magazine dédié à un genre cinématographique spécifique ne va, en définitive, à aucun moment parler de cinéma. Tout cela, évidemment, au nom d'un film ultra-promu, advertisé aux quatre vents. Vraiment, tout cela est formidable.
Pour revenir à L'Exorciste, c'est finalement un bon film plein d'humanité qui nous donne une leçon de vie. Non allez, franchement, Fridekin a le chic pour faire précisément ce qu'on attendait pas, alors même que ce film est réputé pour exactement l'inverse, pour être une sorte de calibrage graduel de l'horreur la plus choquante. C'est complètement faux : les passages qui sont textuellement les plus "terribles" sont désamorcés par des options de mise en scène qui convoquent le rire et l'absurde. Le maquillage atrocement réussi de la gamine (et qu'est-ce qu'elle joue bien la bougresse !) forme un masque clownesque plus que tragique, il suffit de voir son expression lors de la scène de "conclusion" de l'exorcisme pour s'en convaincre. Bref, ce film est plus déroutant que son intitulé ne le laisse présager, à l'image de sa petite musique, qui contribua à se renommée et ne se fait pourtant entendre que deux fois dans tout le métrage. Il est à noter que la petite arbore, sur la fin, tout à fait la couleur d'une canette de Schweppes.