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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 18:16

http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/04/louise-michel.jpg

 

Technique 

Esthétique ♦♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

 

Il existe dans nos vies un entourage amnésique. Ce sont des personnes que vous ne citeriez jamais comme faisant partie de vos amis ou de vos connaissances, vous peinerez à les reconnaître en les croisant dans un magasin malgré un bref regard mutuel et scrutateur, et pourtant, vous les voyez tous les jours, leur parlez tous les jours. L'entourage amnésique s'incarne classiquement en un chauffeur de bus ; une guichetière ; une patronne de café ; ou, comme dans le présent cas, le rouquin vaguement métrosexuel qui échange ses salades de pâtes au jambon cru-basilic contre mes tickets restaurants.

 

Donc, le type de la boulangerie où je mange tous les midis m'a fait passer un film en DVD, parce que j'avais eu le malheur de discuter un peu trop fort et véhémentement de ma passion cinématographique avec un collègue de travail tout en saisissant distraitement mon plateau-repas. "J'ai entendu que t'avais jamais vu Louise-Michel la dernière fois ; alors je te l'ai apporté, tu me le rends quand tu veux, tu verras, c'est barré, moi j'aime beaucoup."

 

Si encore l'offrande avait pris la forme d'un film que je rêve de voir depuis longtemps, genre ce Voyage au Centre de la Terre que j'ai vu une fois et que je ne retrouverai jamais, ou encore les premiers Jacques Tourneur, les derniers Chaplin ou le film caché de Kubrick, je n'aurais pas dissimulé ma joie. En l'occurence, j'ai bredouillé dans l'embaras et accepté le cadeau d'un "film français social barré underground" comme seuls Kervern et Delépine (mais aussi parfois Dupontel) savent les faire. J'avais déjà vu Avida, un des premiers long-métrages des gugusses de Groland : un noir et blanc étonnamment léché, un surprenant surréalisme, un goût immodéré pour les freaks, une absence de balises et beaucoup de spontanéité, bref, c'était à la fois déroutant et un peu obsédant.

 

 

 

http://culturelb.files.wordpress.com/2011/07/louise-michel-1.jpg

 

 

 

Pas grand chose de mieux à dire sur Louise-Michel, si ce n'est qu'il n'y a plus de noir et blanc, que l'image est moins belle et l'échantillonage sonore raté. Le son, c'est vraiment le gros défaut du film, alors qu'Avida se portait fort bien d'un relatif silence émaillé par fort peu de dialogues (dans mon souvenir) ; dans Louise-Michel, hormis les tirades de Bouli Lanners, qui sont très drôles parce qu'il est très fort, tous les dialogues paraissent vraiment avoir été écrits quatre minutes avant la prise. En soi, ça ne me gène pas, je comprends même bien que cette désinvolture soit une vraie posture pour les deux cinéastes, mais le contraste entre la spontanéité de Lanners et la mécanique grippée des phrases annonées par tous les autres acteurs, professionnels ou non (et j'inclus Yolande Moreau) m'a dérangé profondément. Même chose en ce qui concerne le décalage entre une certaine qualité de mise en scène, quelques cadres étudiés, des plans-séquence fixes parfois beaux et drôles, et le quasi amateurisme de la bande-son.

 

Il y a quelques passages vraiment très forts (il faut voir ce plan en caméra portée style Aronofsky lors duquel Moreau court face écran en avalant l'espace en travelling arrière) et, tout du long, une tonalité qui sied fort bien au propos : ce peuple d'inculture, composé d'ouvriers, de paumés et de tarés, ce peuple qui existe en vrai, qui n'a pas de portable, qui habite des taudis étouffants, qui survit grâce au système D, à l'extrême limite de la folie, trouve parfaitement son incarnation dans la mise en scène et l'esthétique suintantes, oppressante, inconfortable, de Kervern et Delépine. Certainement, ils font totalement le film qui convient à cette histoire (une histoire de vengeance contre un patron véreux), et totalement l'histoire qui convient à ce duo de personnages, dont les prénoms accolés font référence à une figure historique notoirement militante et radicale. Mais curieusement, je n'y ai pas pris un pied intégral.

 

Militant dans le fond, radical dans la forme. Que rajouter à cela ?

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