Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Massacre
  • Le Massacre
  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
  • Contact

Recherche

3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:31

http://www.cinetransat.ch/2009/wp-content/woo_custom/17-Chat-noir-chat-blanc.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

 

Ca ne fait pas de mal de rappeler, de temps en temps, que Emir Kusturica est un des plus grands cinéastes mondiaux des vingt dernières années. C'est ce que j'ai pu me remémorer, hier soir, à l'occasion d'une petite soirée DVD improvisée, en revoyant pour la cinquantième fois Chat noir, Chat blanc. Et là je vous arrête tout de suite : je ne parle pas et ne parlerai jamais de Kusturica en termes politiques. J'ignore bien trop de choses sur le conflits des balkans, la Bosnie et tous ces trucs-là pour juger de la position du réalisateur serbe. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a une question de religion, qu'il est politiquement ancré (sa demeure est, paraît-il, un bastion paumé de l'altermondialisme), et que ses plus farouches opposants français sont BHL et Finkielkraut. Ce qui me le rend nécessairement sympathique.

 

Chat noir, Chat blanc a pour moteur le bordel. La surcharge pour principe. La diégèse est continuellement envahie à tous les niveaux et quasiment sans répit – à l'exception de morceaux de plans lors desquels, pour une seconde, le silence et l'immobilité s'installent ; c'est très rare et ça revêt du coup une grande valeur émotionnelle. Mais le reste du temps, tout concourt à tonitruer avec bonne humeur : la musique sans arrêt, du manouche presque sans interruption ; les animaux, sans arrêt, modèles d'imprévisibilité, des oies, des cochons, des poussins, des chèvres, et bien sûr deux chats, un noir un blanc, qui servent de fil d'Ariane géographique (tandis qu'un porc en train de bouffer une carcasse de voiture sert, lui, de fil temporel) ; des acteurs, sans arrêt, avec une légion de figurants qu'on devine recrutés sur place (le film mélange allègrement acteurs professionnels et amateurs) ; secondaires ou pas, les personnages en font tout le temps des tonnes, beuglent, dansent, conduisent, courent, selon des trajectoires rectilignes qui embarquent volontiers la moitié du décor avec eux ; le mouvement, sans arrêt, et si on est dans un dialogue champ/contrechamp qui fige (pour une fois) les personnages dans des plans rapprochés simples, vous pouvez être sûr qu'un truc bouge métronomiquement en arrière-plan (un manège, un train, un bateau, des machines d'usine, des types en train de danser) ; on retrouve très souvent dans le film des mouvements de balancier de haut en bas qui concourent, comme tout le reste, à ne jamais nous installer dans le confort d'un cadre fixe, à briser la rigidité de tout plan qui ne s'accompagnerait pas d'un travelling ou d'un déplacement de caméra.

 

 

http://www.kulturagenda.be/admin/dbproxy.php?table=rubric_article&column=image&id=529

 

 

 

Mais bien entendu, le bordel pour lui-même ne nous entraînerait que dans une consommation vomitive de son et d'image. Kusturica fait du bordel ordonné. Désolé pour l'oxymore, je ne peux pas l'exprimer autrement. Oui, certes, tout bouge, tout envahit, tous nos sens sont sollicités, les informations fourmillent et l'humour omniprésent se diffuse, mais la mise en scène est si millimétrée et la structure si rigoureuse qu'il pourrait bien se passer n'importe quoi dans le cadre, la cohérence resterait tout aussi présente, les liens logiques tout aussi justes. Kusturica évite l'effet "succession de gags" et linéarise le métrage grâce à un scénario fort bien foutu, mais aussi en installant un principe esthétique récurrent qui tient dans le simple choix d'un type de plan : la contre-plongée. Chaque scène aura son plan en contre-plongée (souvent sublime), qui rompt la routine de l'échelle de plans et, tout à la fois, fonctionne comme un rappel des précédents, donnant ainsi du liant à l'ensemble (même fonction que pour les chats et le porc bouffeur de bagnole). Et pour ne pas s'arrêter là, Kusturica fait se succéder un grand nombre de genres par de simples touches esthétiques et structurelles : gangsters, western, grunge, burlesque, et par dessus tout le conte de fées. Le tout avec une mise en scène proprement incroyable.

 

Aurez-vous compris qu'avec sa petite histoire de gitans bordéliquement installés au bord du Danube, Kusturica nous a donné un chef d'oeuvre ? N'en doutez pas une seconde, et si vous ne connaissez pas ce grand cinéaste, je vous en prie, ayez l'obligeance de ne pas sortir de chez vous.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Nico 07/02/2013 16:48

Très chère Taloche,

Merci de votre petit commentaire et je note votre promesse de donner à ce merveilleux film une seconde chance.
Moi, c'est l'inverse : j'ai beaucoup moins aimé Le Temps de gitans, un film plus sage, moins virtuose. Je préfère en fait la première partie de carrière de Kusturica, jusqu'à Chat noir chat blanc,
un peu moins la suite.

Ceci étant, je ne me montrerai ni insultant ni grossier envers toi car tu es la seule personne au monde (avec Olivier) à lire ce blog. Te perdre, c'est perdre 50 % de ma surface de diffusion.
Reviens, Taloche !

nathalou 04/02/2013 14:33

J'ai le regret de vous annoncer, cher M.Lupi que ce film m'avait fort déçu et fort ennuyé !!!!!!!!!!!!
Impossible d'adhérer à ce joyeux bordel...
Rien à voir avec Le Temps des Gitans qui m'avait réconcilié avec Kusturica.
Cela dit suite à votre enthousiaste, je lui re-donnerais une chance et essayerais peut-être de le re-re-garder d'un autre oeil...